Semaine de 2010
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Chapelle N-D du Vorbourg / CH-2800 Delémont (JU) / tél/fax + 41 032 422 21 41

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Vorbourg 2010: "Venez, montons à la montagne du Seigneur!"

Le Père jésuite Jean-Bernard Livio sera le prédicateur des Fêtes du Vorbourg 2010, aux messes de 8.30, 10.00 et 20.00. Des changements interviennent: quatre messes le matin, les célébrations d’ouverture et de clôture, comme la bénédiction des enfants le mercredi, ont toutes lieu à 16.00. La nouveauté, c’est le pèlerinage en famille et à pied depuis Montcroix, le samedi 18 septembre.

 

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Wikipédia

Notre-Dame de la Route

Qui est le prédicateur?

 

Jean-Bernard Livio / Naissance : le 13 novembre 1940 à Lausanne  / 1ère communion au Sacré-Coeur à Ouchy-Lausanne (P. Jacques Bondallaz). / Entrée dans la SJ le 25/04/1966 à NDR, Villars-sur-Glâne,  puis noviciat à Neuhausen Stuttgart (P. Mayer), et à La Baume près d'Aix-en-Provence (P. Michel Rondet) / Ordination sacerdotale : 27/06/1970 à la Primatiale de Lyon (cardinal Daniélou) / Première messe en famille : 28/06/1970 à Chapeau-Cornu (Isère), avec les PP: Xavier Léon-Dufour, Guy Petitdemange, Jan Spoorenberg, et l'abbé Daniel Brémont. / Première messe solennelle : 07/07/1970 à Ste Thérèse de Montoie-Lausanne - concélébrants : abbés Jean Civelli (prédicateur), Gabriel Bullet, François Butty, Louis Matthey, Mgr Raymond Schmidt, Jean-François Meigniez - PP. Raymond Bréchet, Jean Nicod, Marcel Boeglin, Robert Stalder, Jean-Marie Guilbert, sj et Germain Varin, osb. / Voeux solennels : 05/11/1978 dans la maison natale de Pierre Favre au Villaret, avec Jean-Blaise Fellay, Joseph Hug, et Albert Longchamp. / Après 35 ans d'activités à Genève, puis Carouge-Genève, année sabbatique au Québec : 2004-2005. / Actuellement, à NDR Villars-sur-Glâne / FR.

Quelques éléments glanés sur Internet : Pâques ; Notre-Dame de la Route ; Revue choisir


Le Maître de Chapelle des fêtes - M. Christophe Chételat à l'orgue.


Bénédiction des enfants mercredi 15 septembre.


Dimanche 12 septembre à 16.00: Célébration d’ouverture

En semaine: tous les matins, messes à 5.30, 7.00, 8.30 et 10.00.

Lundi 13 septembre à 20.00: unité Pastorale Saint-Germain, paroisse de Montsevelier

Mardi 14 septembre à 20.00: unité pastorale Sts Pierre et Paul, paroisses de Bourrignon, Movelier-Mettembert, Pleigne

Mercredi 15 septembre : Messes aux heures habituelles. A 16.00: bénédiction des petits enfants. A 20.00: unité pastorale Sainte-Colombe, paroisse de Glovelier

Jeudi 16 septembre:     Messe francophone à 8h30

                                    Dekanat Laufental  : à 10.00 et 20.00

Vendredi 17 septembre à 20.00: Ajoie, Clos-du-Doubs, paroisses de Saint-Ursanne - Epauvillers

Samedi 18 septembre à 10.00: Franches-Montagnes et Jura bernois-Bienne romande, communauté francophone de Bienne. A 16.00: pèlerinage en famille – Montée à pied (rendez-vous devant la chapelle de Montcroix) et messe animée par la chorale des jeunes «Envol» de Moutier

Dimanche 19 septembre à 16.00: Célébration de clôture.

Confessions individuelles au Vorbourg: chaque matin (sauf dimanche) dès 7.30 et le soir dès 19.00.


Célébration d'ouverture -  Dimanche 12 septembre 16h00

: Prédication du Père Livio SJ

Lecture : Isaïe 2, 1-5

C’est pour moi très émouvant de participer à cette fête du Vorbourg alors que j’y étais venu quand j’étais gamin. Lorsque nous avons préparé cette fête, nous nous sommes demandés : Quel thème choisir ? Tout naturellement, on s’est dit : Comme il faut monter au Vorbourg, on va prendre le verbe monter. Tout au long donc de la semaine, je m’efforcerai avec l’aide de textes bibliques, de nous aider à monter. Mais d’abord aujourd’hui, essayons de prendre conscience de ce que ce verbe signifie dans notre vie de tous les jours. Nous l’avons entendu en particulier, dans ce texte d’Isaïe : Venez, montons à la Montagne du Seigneur. Nous n’avons pas attendu de connaître le prophète Isaïe, pour apprendre à monter. Il ne s’agirait pas de l’oublier, car si nous sommes ici, aujourd’hui, ce soir, c’est bien parce que d’abord on nous a appris à monter.

Essayons d’imaginer ce que ce terme a signifié pour nous il y a un certain temps. Pour certains d’entre nous, dont je suis, il n’y a pas un certain temps, il y a même un temps certain, nous étions à quatre pattes et nous ne nous sommes pas mis debout tout seuls. Nous devons remercier ce soir, le Seigneur, pour tous ceux et toutes celles qui nous ont aidé à nous mettre debout. Nous leur devons une part essentielle de ce qui fait de nous des êtres humains, appelés à être « debout ». Nous l’avons d’abord appris physiquement, ne l’oublions jamais, ne l’oublions surtout pas, parce qu’il nous est donné à notre tour, de mettre quelqu’un debout. Un enfant ou tout compagnon de route, que nous trouvons en bas, et auquel, il suffit de pas grand-chose pour le remettre debout.

Est-ce que nous avons pris conscience de cela, le risque extraordinaire  que nos parents ont pris, lorsque pour la première fois, ils ont lâché nos petits mains, en nous disant : Viens ! Il y a longtemps… Nous ne serions pas là, si nous n’avions pas pris ce risque. Ce risque, j’aimerais que tout au long de notre vie, nous puissions en être conscients, conscients d’abord, dans beaucoup de reconnaissance, de gratitude, parce que justement, il nous a été donné de prendre ce risque. Tout le reste a suivi, nos gazouillis ou gargarismes, qui sont par la suite, devenus paroles et cette capacité qui nus a été donnée de discerner les sons, dont par la suite, nous avons fait des messages et qui nous ont permis d’entrer en communication les uns avec les autres. Mais c’est bien d’abord parce que nous avons quitté cette horizontalité pour une aspiration à être debout. Ce n’est pas toujours facile, d’être debout, vous le savez bien. Si je commence par là,  c’est simplement pour vous rappeler qu’il a fallu que nous soyons aidés pour être debout. Ne renonçons donc jamais, à cette reconnaissance, mais aussi à cette joie immense, de nous laisser mettre debout. Pensons aussi ce soir, à tous ceux, à toutes celles qui aujourd’hui, hier, avant-hier, ces derniers mois, ces dernières années, qui nous ont permis d’être debout. Ce fut parfois nos parents, des amis, des gens que nous ne connaissons pas, mais qui étaient là, professionnellement, ou parfois une image, un film, un livre, une parole. Tout au long de cette semaine, nous nous laisserons remettre debout par des paroles.

         Comment voudriez-vous, cher amis, que nous puissions imaginer autre chose, qui nous dépasse, qui est plus grand que nous, si nous n’avons pas pris l’habitude d’être debout et de regarder vers en haut. Oui, je sais, nous avons beaucoup de chance d’être dans un pays où continuellement il faut regarder en haut.  Je m’amuse souvent à m’imaginer ce qui aurait pu se passer dans la tête du Père éternel, s’il avait décidé d’envoyer son Fils dans un pays qui comme le nôtre, aurait été vallonné, avec de hautes Montagnes. S’il l’avait envoyé en Hollande, et bien notre Evangile serait très différent. Il y aurait certes des canaux, il y aurait des inondations, il y aurait des tulipes. Nous oublions de nous poser parfois la question de la chance que nous avons d’être dans un pays où pour tout simplement imaginer ce qu’il y a plus loin, nous sommes tout simplement obligés de lever la tête… Ou un col, je ne citerai aucun de ceux à franchir pour parvenir jusqu’ici, et même encore cette dernière montée, et même encore, cette dernière volée de marches… Mais, retrouvez les marches, les cols, que vous franchissez tous les jours, pour continuer d’être des  hommes et des femmes debout. Vous le savez bien comme moi, il y a des jours où nous aurions la tentation de rester assis, pour ne pas dire, couchés. Il est donc normal que dès notre naissance, nous ayons pris l’habitude de devoir se mettre debout et parfois de demander de l’aide. C’est avec tout cela que nous commencerons notre semaine.

         Mais je pense aussi à ce petit verset que nous trouvons au chapitre 14 de l’Evangile de Matthieu où il nous est dit, et à plusieurs reprises répété : « Jésus se retirait dans la Montagne pour méditer et pour prier. »  Il y en a un certain nombre d’entre vous, je le sais en voyant vos visages, qui avez été en Terre Sainte. Vous savez très bien comme moi, que quand on arrive comme Suisse en Terre Sainte et qu’on nous dit que Jésus est monté sur la montagne, enfin sur la colline, sur cette espèce de petite bosse… Ce n’est pas cela que Matthieu veut dire, ce n’est surtout pas cela que l’Evangile a encore à nous dire. Il nous dit simplement : Jésus monta sur la montagne pour prier. Oui, nous l’oublions souvent. Je ne vais rien changer à vos pratiques liturgiques, surtout pas moi, mais nous oublions souvent, qu’il faut être grand pour parler à Dieu. Il faut être grand comme Dieu, parce que c’est Dieu lui-même qui nous invite à le revoir, à le prendre au sérieux. C’est lui qui nous prend au sérieux le premier, c’est Lui  qui nous dit : «  Sois ce que tu es. » « Sois un homme, sois une femme debout, c’est d’hommes et de femmes debout, dont j’ai besoin. »

         Que de temps, il a fallu à Dieu pour faire passer ce message, nous qui venons de traditions où l’homme s’écrase devant la divinité, se fait petit. Nous aurons l’occasion de voir tout au long de la Semaine que non seulement la Bible, l’Ancien, le Nouveau Testament, mais nos vies sont ponctuellement jalonnées de montagnes pour nous inviter à être grands. Voilà l’invitation de Dieu. Il veut que chacun et que chacune d’entre nous soient des hommes et des femmes debout. Encore une fois, ce n’est pas toujours facile. C’est vrai que si je garde l’image de la montagne, et de certaines de nos montagnes, politiques, économiques, et j’en passe, plus on monte, moins il y a de place. Et si on arrive jusqu’en haut, on se permet de pousser ceux qui y sont déjà pour leur dire, vous permettez… C’est peut-être vrai aussi sur nos montagnes,  mais ce sont des montagnes humaines, et pas la montagne de Dieu.

         On pourrait prendre une autre image, nous voyons à notre époque des fusées, prodige de notre intelligence, qui vont sur d’autres planètes et sondent l’espace. Plus on monte, plus on est en contact avec l’inimaginable. Nous ne savons pas imaginer, c’est peut-être pour cela, qu’on nous envoie… et puis on en perd de temps en temps. Ce n’est pas encore la bonne image, non pas parce que ce n’est pas une image de la Bible, mais parce que Dieu veut nous dire autre chose. Dieu veut nous dire : Quand tu montes, tu quittes cette horizontalité. Si vous permettez ce mauvais mot qui n’est sûrement pas dans le petit Larousse, cet aplatvantrisme. Tu quittes cela pour te mettre en équilibre, même en équilibre instable, mais pour te mettre debout.  Quand tu montes, c’est pour atteindre ce que tu ne pourrais pas atteindre si tu restais en bas. Quand tu montes, tu acquières progressivement ta véritable dignité. Et notre véritable dignité, c’est justement d’atteindre la hauteur, la grandeur, l’immensité de l’autre. Nous sommes ici dans cette chapelle de Notre-Dame du Vorbourg, je pense à Marie, je pense à toutes les mamans du monde. Elles n’ont pas eu besoin de longues études de théologie, ni de longues études de puériculture,  pour comprendre que si elles veulent parler à leurs tout petits,  elles n’ont que deux options : Ou elles se mettent à quatre pattes, par terre, à la hauteur de leur petit, ou elles prennent leur petit dans les bras. Elles l’amènent à leur hauteur. Pour parler les yeux dans les yeux, pour parler face à face. Ce que toutes nos mamans nous ont fait, et ce que vous les mamans ont fait, et ce que les papas ont fait, c’est un geste de Dieu, et en cela, nous sommes vraiment de Dieu. Parce que nous n’avons pas d’autre chose à faire dans notre vie que de nous mettre à la hauteur de l’autre où qu’il soit, quel qu’il soit, et ne venez surtout pas me dire qu’il y a des jours où vous devez vous rabaisser. Ceux qui parmi vous connaissent un petit peu les épître de Paul, alors n’oubliez pas ce merveilleux passage au sujet d’une dignité qui existait déjà avant l’apôtre Paul. Il s’agit de l’épître aux Philippiens dans lequel il nous dit : « Dieu n’a pas gardé comme un privilège d’être Dieu. Il s’est rabaissé jusqu’à devenir un homme.» C’est toute notre histoire, mais c’est aussi toute notre dignité. Cette semaine, vous aurez à plusieurs reprises, l’occasion de monter. Faites-le ! Mais nous devons prendre aussi conscience de ces montées que nous avons à franchir pour être à la hauteur de l’autre. Ca peut se faire lorsque le téléphone sonne lorsque justement je suis embêté, parce que j’ai autre chose à faire, parce que je suis pressé et que je n’ai pas le temps de répondre. Oh là il vous faut monter pour vous mettre à la hauteur de celui ou de celle qui vous appelle, et que vous prenez le temps. Je pense à tous ces éléments de notre vie où nous prenons le temps d’être à la hauteur de l’autre. Chers amis, nous n’avons pas le choix. C’est le seul moyen d’être des hommes et des femmes dignes de ce nom et dignes de Dieu. Je vous souhaite tout simplement, tout au long de cette semaine, de découvrir les montagnes de notre vie. Et peut-être celles aussi dont nous nous disons, je n’y arriverai jamais. Mais « jamais », c’est aussi une expression que Marie a employée. Elle disait simplement, lorsqu’elle a reçu la visite de l’ange : « Mais c’est pas possible ! » Moi aussi, je dis souvent : « Mais c’est pas possible ! »  Retrouvons tous ces moments et faisons de cette expression une prière. Faisons que le chemin de Marie, comme nous l’avons chanté tout à l’heure, devienne notre chemin d’amour, de confiance et de respect, de tolérance. A ce moment-là, nous sommes vraiment de Dieu.  


Lundi 13 septembre :  Ex 19,3-8a.16-20b - Matthieu, 4, 1-11

Homélie

Au début de cette semaine du Vorbourg, les deux textes nous invitent à monter. Il est question d’une montagne, d’une très haute montagne. Nous avons là deux images presque paradoxales. Ces deux textes, vous les connaissez bien, c’est d’abord cette montagne du Sinaï, sur laquelle vous êtes invités à monter, une invitation qui nous vient de Dieu. Dieu qui est sur la montagne et qui nous invite à monter. Si on avait quelques versets avant ce texte, on verrait aussi que tout le monde ne monte pas, c’est dangereux. Et puis, on ne sait pas si on y arrivera. Alors on envoie en délégation Moïse, et Moïse c’est celui qui va passer son temps… C’est assez amusant, quand on lit ces différents chapitres, il écoute la parole de Dieu qui lui dit : « Monte ! » et puis, il arrive au sommet et il lui dit :  « Descends, va dire aux Fils d’Israël… » Alors il redescend. Il est à peine en bas que Dieu lui dit : « Monte ! » Comme cela, Moïse fait l’ascenseur. C’est ce que je souhaite aux jurassiens, de monter pour recevoir la parole de Dieu. Dieu après chaque célébration, nous dit va. Liturgiquement, le diacre dit : « Allez dans la paix du Christ ! » Ca fait plus sérieux, moi, je dis « Zou » ! Si nous montons, ça n’est pas pour rester en haut, c’est pour redescendre. Nous allons vous comme quoi, continuer de dire la parole de Dieu, alors il faudra redescendre.

On va rester avec cette première image du texte de l’Exode, où la  montagne, parce que Dieu siège sur la montagne, où la montagne est toute fumante. Et le peuple qui est resté en bas, a peur. Du reste quelques versets plus loin, dans le texte suivant, le peuple dira à Moïse : « - Parle-nous toi, parce que quand Dieu parle, c’est comme le tonnerre. » Vous comprenez pourquoi vous avez des prêtres, parce que si nous pouvions entendre directement la parole de Dieu, ça nous secouerait tellement qu’on préfère qu’il passe par des intermédiaires et les intermédiaires c’est nous. Nous le faisons en priant, en chantant, nous le faisons par la musique,  nous le faisons aussi par tout ce qui entre dans notre cœur et qui nous fait dire… O ce serait merveilleux, si nous pouvions le dire du plus profond de notre cœur : « Tout ce que le Seigneur nous dit, nous le ferons. » C’est le restant de la journée… C’est pour ça qu’on ne pas passer le restant de la journée à prier… Parce que tout ce que le Seigneur nous dit, nous le ferons. C’est notre vie de tous les jours, c’est ce que nous avons à mettre en pratique.  

Mais ce n’est pas tous les jours facile, et voilà qu’en écho à ce premier texte qui est comme une invitation pour notre journée, nous entendons ce chapitre IV de l’Evangile de Matthieu où Jésus lui-même, Fils de Dieu, mais un d’entre nous, va être emmené au désert pour être tenté. Chers amis, ça veut dire quoi être tenté. Quand est-ce que vous êtes tentés ? Non, non ne me répondez pas, cela rallongerait très nettement la célébration. Si la tentation n’était pas agréable, vous ne seriez pas tentés. Voilà que nous avons trois occasions qui dépassent de beaucoup ce qu’on pourrait imagine comme sensation. Trois questions fondamentales : 1) tenter de faire de Dieu un magicien.  Quelqu’un qu’on appelle à la rescousse quand ça ne va pas. Quelqu’un auquel on demande de réaliser ce que nous ne savons pas réaliser. Transformer des pierres en pain. Nous ne demandons pas à Dieu d’être un magicien.

Première tentation… Oh ! c’est intéressant que Matthieu, non sans une certaine impertinence, nous rappelle que ce soit le démon, que ce soit Jésus… Il y a une question, cette question, ce n’est pas au démon d’y répondre. Cette question, c’est à vous, c’est à moi. « — Si tu es le Fils de Dieu ! » Est-ce que nous croyons que Jésus va répondre : « —  Mais oui, je suis le Fils de Dieu. » Non ! C’est à nous, de le dire, c’est à nous de le dire, lorsque à chaque Eucharistie, nous entendons les paroles mêmes de Jésus dire : « — Faites ceci en mémoire de moi. » Première tentation : de laisser faire Dieu tout ce que nous imaginons qu’il pourrait faire alors que c’est à nous de le réaliser. Mais s’il est le Fils de Dieu, demandons à Jésus en lui précisant quelles sont nos faims et mentionnons nos faims, comme nous le dirons tout à l’heure, donne-nous aujourd’hui, non pas le pain que nous savons faire mais la force de faire ce pain.  

Deuxième tentation, avec un petit sourire, vous comprendrez que je la compare avec notre démarche de ce matin. Le démon l’emporte à Jérusalem sur une haute montagne, dans un lieu saint, comme ici. Il lui dit : « — Si tu es le Fils de Dieu. » Répondez : «  — Il est le Fils de Dieu. » Mais vous ne lui demanderez quand même pas de se jeter en bas. Ca voudrait dire quoi ? ca voudrait dire que nous demandons à Dieu de devenir petit alors que nous avons besoin d’un Dieu qui est grand, parce que lui aussi a besoin de nous. Alors ne rapetissons pas Dieu, ce serait la pire des choses, ce serait que nous nous rapetissons nous-même. 

Et puis il y a cette troisième tentation. Celle-là, je ne suis pas sûr que nous l’ayons tous les jours, mais un petit bout de cette tentation, oui ! « — Regarde, lui dit le démon, tout cela, je te le donne. » Moi je trouve que j’ai bien assez avec ce que j’ai, pour utiliser tout ce que j’ai et tout ce que je suis, pour la plus grande gloire de Dieu. Mais la tentation est intéressante. De tout ce que nous voyons, ne serait-ce qu’en passant devant des vitrines, ne serait-ce qu’en parcourant des pages de catalogue, d’agence de voyage… Nous nous mettons tout à coup à rêver de tout ce que nous pourrions posséder. Mais, je prie, ne vous en privez pas… Recherchez ce que veut dire, posséder tous les biens de ce monde. Pour ma satisfaction personnelle ? C’est Dieu lui-même qui nous a dit : « — Tout ce que j’ai est à toi. » Rappelez-vous cette parabole du Chapitre XV de l’Evangile de Luc où on nous dit qu’il y a deux fils. Le fils aîné, celui qu’on oublie toujours de citer dans l’Evangile, va bouder, râler. Il est vexé parce qu’on fait la fête pour le fils cadet qui revient. Vous avez la tentation de faire ce qu’il a été faire ? Encore une mauvaise tentation ! Mais pour le fils aîné, il va bouder. C’est le père qui une nouvelle fois ira le chercher pour lui dire : « Mais tu sais bien que tout ce qui est à moi est à toi. » Voilà le Dieu que nous rencontrons ce matin et tous spécialement dans l’Eucharistie. Dieu ne retient rien pour lui. Tout ce que Dieu est, tout ce que Dieu fait, c’est pour chacune et chacun d’entre nous. Alors nous, montons sur la montagne, juste le temps de lui dire : « — Seigneur met dans mon cœur tout ce que tu as envie que je réalise en ton nom aujourd’hui. »


Mardi 14 septembre : 1ère lecture : 1 R 18 - Evangile : Mt 5,1-12a

Oui, chers amis,  nous avons bien raison de chanter « Merveilles que fit pour nous le Seigneur. » J’espère que vous n’avez pas chanté ce refrain parce qu’on vous a dit de le chanter, mais parce qu’il est une réalité dans notre vie et qu’il le sera encore plus aujourd’hui. Si, comme cette petite musique, vous savez, qu’on a dans la tête, tout au long de la journée, ce refrain revient. « Merveilles que fit pour moi le Seigneur. » Merveille que fait pour moi en ce moment le Seigneur. Ca nous obligerait de bien regarder si c’est vrai et de contrôler comme ça tout au long de notre journée que, en effet, le Seigneur fait pour nous des merveilles. Alors vous comprenez bien que le premier texte que nous avons entendu, tiré du premier Livre des Rois, c’est une mise en garde fantastique pour nous qui n’avons pas très envie de dire : Merveilles que fit pour nous le Seigneur. Si on avait lu juste le passage précédent de ce qui nous a été proclamé dans la première lecture, on aurait su que dans le pays régnait  depuis plusieurs années,  trois longues années, une très grande sécheresse. Les gens n’ont plus rien à manger. Comme nous le dit superbement la Bible, ils murmuraient. Moi, je ne suis pas très sûr que dans ces cas-là, je murmure. Je crois plutôt que je râle. J’espère que ça ne nous arrive pas trop souvent. Lorsqu’on râle, on cherche le fautif et quand on ne trouve pas, c’est Dieu, bien sûr. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour que ça nous arrive ? Ca ne vous est jamais arrivé de dire ça ? Je ne regarde pas… C’est exactement la mentalité de ce peuple, que le roi de l’époque qui n’en peut mais… Car il a déjà ouvert ses greniers, il ne peut rien donner, son peuple a faim, alors il les convoque. Oh ! C’est pas lui qui voulait les convoquer.

C’est un dérangeur, un prophète, qui vient lui rappeler que si c’est ça le roi,  il n’est pas bien fort.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour qu’on en soit là ! Alors,  tout ce monde est réuni sur la montagne. Que pouvons-nous dire sur la montagne ? Pourquoi sur la montagne ? Alors moi, je me dis que sur la montagne, c’est peut-être l’endroit où j’ai un long chemin à faire jusqu’en haut, et Dieu a aussi un bout de chemin, un peu moins que s’il descendait sur le sentier des vaches. Alors, on fait la moitié du chemin et voilà que dans cette rencontre, il y a une sorte d’ironie que vous avez j’espère apprécié. Mais dans ces moments là, je pense que vous n’avons pas toujours le sens de l’humour, ces moments où on dit : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour que ça nous arrive… » Tout le texte est construit sur ce genre d’ironie.

D’abord, ils sont là à prier, à penser que plus ils en ont rajouteront, plus ils arriveront à émouvoir Dieu. Et vous avez entendu : ils prient, ils prient et Dieu ne réagit pas. Je sais que ça vous arrive, et je sais que ça m’arrive. Vous savez, toutes ces fois où Dieu est aux abonnés absents. On nous dit même, mais peut-être qu’il est en voyage, en tout cas, il a des soucis, peut-être qu’il n’y a cas prier plus fort. C’est l’ironie ou peut-être, quel bon sens. Mais à ces moments-là. Je ne suis pas beaucoup sûr que l’on ait le sens de l’humour. Alors, on se dit, mais pourquoi Dieu ne bouge pas. Pourquoi Dieu ne réalise pas ce que nous lui demandons. Et on en rajoute, et toute cette histoire avec ces redites et on va en ajouter et encore en rajouter, et on creuser une rigole, et on la remplit et ça va déborder d’eau. Tout ça pour nous dire que la passion de Dieu est beaucoup plus forte que nos inondations et que Dieu peut enflammer notre cœur, même lorsque nous désespérons. C’est bien ce qui arrive, tout ça parce qu’il y a en a un, une parmi nous. Dans le texte, c’est le prophète. Dans notre vie, c’est peut-être nous. Continuez de dire au Seigneur : « Seigneur, je ne sais pas bien ce que tu veux, mais je sais que tu es là, et je suis ton serviteur ou ta servante. »

Mais vous avez entendu le ton très désespéré du prophète qui dit : « Mais tout le monde m’en veut. » Oh ! Il n’y a pas seulement ce prophète qui dit ça.  Dans ces moments, nous disons, nous aussi, il n’y a de toutes façons personne qui ne peut me comprendre. Je suis tout seul, dans mon trou. Voilà ce texte si fort qui vient nous chercher… Oh ! pas les jours de beau soleil. Il vient nous chercher là où nous finissons par douter de tous, de même soi-même et de Dieu. Le feu de Dieu va venir nous réchauffer, nous illuminer, nous embraser.

Merveilles que fit pour nous le Seigneur. Oui, il y a des jours où ce n’est pas très simple et dans ce moment des semaines du Vorbourg, il est bon de faire ces moments de silence, de halte, d’interrogation, pour  nous demander : qui nous sommes dans ces moments-là : des désespérés ? Non. Mais des hommes et des femmes en manque...  Et parfois en manque d’espérance. C’est pour cela qu’on découvre après ce texte extraordinaire de l’Ancien Testament ce passage du Nouveau Testament que vous connaissez bien, mais que j’aimerais quelques instants reprendre avec vous.

Jésus est sur une haute montagne, il réunit tous ses disciples, il s’assied. Il les enseigne et leur dit : « Heureux »… pas dans ces moments-là, chers amis ! On n’est pas heureux, puisque justement on est désespéré. Qui sont-ils ceux auquel il dit : « Heureux les pauvres ! » De ceux qui pleurent, qui ont faim, qui ont soif… Vous avez le droit dire qu’ils sont heureux ? On n‘a pas le droit de dire ça et ce n’est pas parce que c’est Jésus qui le dit, que ça passe mieux. Vous vous voyez arriver chez quelqu’un de malade et lui dire : « Heureux ceux qui pleurent. » Vous n’avez pas le droit de dire ça ou alors, avez-vous quelque chose à leur proposer ? Et voilà que cette parole vient nous chercher au plus profond de nos doutes, de nos désespoirs, parfois. Car qui y a-t-il de commun à ces hommes dont on a dit dans l’Evangile de ce   matin qu’ils sont  heureux ? Ce sont tous des hommes et des femmes en manque. De quoi manquent-ils ceux qui pleurent auprès de vous? De quoi manquons-nous lorsque nous pleurons ? Et voilà qu’au plus profond de leur désespoir et de nos manques, voilà que Jésus vient nous chercher avec des paroles extraordinaires. Il ose dire… Heureux ! Est-ce que nous sommes vraiment heureux lorsque nous sommes en manque ? Il savait ses disciples suffisamment solides pour leur balancer de temps en temps des phrases que l’on n’a pas oublié 2.000 ans après, car elles ne passent pas facilement ces différentes béatitudes.  Il faut accepter que ce sont nous les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, les artisans de paix. Et dans tous ces moments-là, nous aurons la tentation de dire : « Mais, Seigneur, pourquoi est-ce que tu ne réagis pas ? » Voilà qu’au fond de notre cœur, Jésus vient  nous dire : « Vous êtes heureux ! » … « Car dans ces moments-là, vous ne pouvez pas vous débrouiller tous seuls, vous avez besoin du voisin, de la famille, du compagnon, d’une épouse, des enfants, de tous ceux qui vont vous permettre, au moment-même où vous pleurez, de devoir continuer à vivre, parce que la vie continue. Au moment où vous faites des comparaisons en vous estimant plus pauvre, vous allez voir quelqu’un venir en vous disant : « Je peux t’aider ? » Oui, heureux sommes-nous lorsque dans chaque moment de notre vie, nous arrivons à comprendre que c’est peut-être par manque que Dieu peut nous ouvrir et entrer dans notre intimité. J’ai envie de vous laisser sur une image. Vous aurez quelque chose tout au long de votre journée. Si nous habitions chers amis, des maisons avec un plancher, un plafond et quatre murs, nous serions des désespérés. Parce que nous serions enfermés dans notre maison, comme nous semblons enfermés dans notre vie. Je suis persuadé que ceux qui ont construit leur maison, ont mis une porte, des fenêtres. Attention, ce sont les endroits les plus fragiles de la maison.  Mais s’il n’y avait pas de fenêtre, il n’y aurait pas de lumière dans votre chambre. Et quand il y a une porte, vous savez que quelqu’un un jour, pourra frapper à la porte. Je vous connais, vous lui direz d’entrer. Alors, il entrera et il fera la fête parmi vous. C’est une petite phrase que vous retrouvez au chapitre 3 de l’Apocalypse. Mais celui qui frappe, vous ne le connaissez pas, tant que vous ne lui avez pas dit : « Mais entre, la porte est ouverte. » A ce moment-là, tout pauvre, tout doux, tout miséricordieux, tout affamé, tout assoiffé que nous sommes, nous sommes capables d’ouvrir notre porte. A ce moment-là tout change, puisqu’il entre parmi nous. Je vous souhaite de nombreuses occasions, aujourd’hui d’ouvrir la porte.


Mercredi 15 septembre : 1 R 19 ; Mt 17

Nous voici, cher amis, une nouvelle fois sur la montagne, nous voici avec le prophète Elie, cette fois-ci sur le Mont Horeb. Mais si vous suivez un peu la progression de ces différentes lectures de la semaine de Notre-Dame du Vorbourg, nous avions rencontré Dieu lundi sur le Sinaï dans les éclairs, la foudre, le tonnerre, la fumée et puis Moïse en-dessous et tout en bas la foule. Dans le texte hier, où il est déjà question du prophète Elie, cette fois sur le Carmel, il y a tout le peuple qui est réuni sur la montagne. Elie demande à Dieu d’intervenir et le feu de Dieu descend sur l’holocauste et sur le bois. Chers amis, nous sommes trop souvent restés à cette vision de Dieu, un Dieu qui est fort, puissant, mais raide. J’espère que ce n’est pas trop le Dieu de votre enfance. Mais déjà dans la Bible, et nous le voyons avec le texte d’aujourd’hui, déjà le peuple de la Bible a pris conscience et nous prenons conscience aujourd’hui que Dieu vient à notre rencontre dans une intimité. Même aux jours d’angoisse, même aux jours où nous ne savons plus comment faire. Il me met à part, comme il a mis à part Elie. J’espère que vous avez repéré dans le texte que nous avons entendu, que la première question que Dieu pose à Elie, ça ne manque pas d’humour… Juste avant il nous est dit qu’ Élie a fait quarante jours et quarante nuits de marche pour arriver jusque sur la montagne. Et quand il arrive sur la montagne, Dieu lui dit : « Qu’est-ce que tu fais là, comme si Dieu ne l’avait pas vu venir. Comme si Dieu ne savait pas tout. Alors, pourquoi cette question ? Pourquoi cette question que Dieu vous pose à chacune et à chacun, et que Dieu me pose ce matin. Que faisais-tu là ? Il ne le sait pas, ou peut-être a-t-il besoin que je le lui souffle à l’oreille ? Mais là, je ne peux pas répondre pour vous. Chacune, chacun d’entre nous avons à répondre à cette question. Que fais-tu là ? Alors, Elie, le prophète, le héraut de Dieu, le porte-parole de Dieu, l’envoyé de Dieu, lui répond (c’est moi qui complète) : « - J’ai fait mon travail, mais ils n’écoutent pas. J’ai parlé de toi, et ils ne te suivent pas. »  

Entre nous, chers amis, ça ne vous est jamais arrivé, vous les parents et les grands-parents de dire par exemple : « - On a pourtant tout essayé, mais ils n’en vivent qu’à leur guise. » 

Et nous, ce matin, on est un peu comme Élie, et Dieu continue de me dire : « Que fais-tu là ? Alors, Dieu met Élie à part. Et ce n’est plus comme sur le mont Sinaï, comme sur le Mont Carmel, cette phrase dite dans l’intimité, dans le tonnerre, dans l’orage, dans le tremblement de terre de notre vie, parfois bousculés, parfois déracinés. Dieu est dans l’intimité, dans le cœur à cœur, dans la brise légère. Vous savez, cette brise légère, c’est lorsque vous voyez le petit bout des feuilles qui bouge. Et puis, ça se sent, comme lorsque dans notre cœur, on sent la présence de quelqu’un qu’on aime. Qu’il soit là, ou qu’elle soit là ou plus là, ça change tout. Cette émotion bien profonde, mais oh ! combien fragile  de savoir : mais oui, il est là, elle est là. Voilà l’expérience que le texte du livre des rois nous invite à faire ce matin, ici dans cette chapelle. Et puis, vous avez bien écouté cette lecture, vous avez remarqué que après cela, alors que, dans son cœur, Elie est convaincu qu’il y a cette présence, voilà que Dieu lui pose exactement la même question. « – Que fais-tu là ? »

Que voulez-vous qu’Élie réponde d’autre : « - Et bien, j’ai essayé et j’ai pas pu, j’étais avec toi, mais au fond, je suis découragé. »

Et que fait Dieu, le matin lorsque après cette liturgie, après cette rencontre ici, sur la montagne ? Que fait Dieu ? Il vous pose la même question : « - Que fais-tu là ? »

Cette fois-ci, ce n’est pas pour monter, c’est pour redescendre. Il va faire comme à Elie, il va dire : « - Va faire ton boulot, j’ai besoin de toi. »  Le prophète est celui qui encourage les autres, qui enthousiasme les autres, qui parle de Dieu. C’est ce qui nous attend chers amis, en redescendant d’ici, d’être des prophètes, oui, vous êtes toutes et tous des prophètes, lorsque justement, dans le cœur de l’autre, vous laissez goutter le bruit de la brise légère. Ca, c’est un cadeau merveilleux qui nous est donné. Vous comprenez pourquoi, en parallèle à cette première lecture, nous avons la rencontre de Dieu sur cette haute montagne, où Jésus a invité… C’est bizarre, non ? Moi, je croyais toujours que Jésus avait douze Apôtres, pourquoi il y en a seulement trois ? Pourquoi n’y a-t-il que vous, ici, ce matin ? Et tous ceux de votre quartier, de vos villes et de vos villages, ils sont où ? Ils sont là, parce que vous êtes là. Dans sa très grande liberté, Dieu en prend trois, et puis il y en aura d’autres, il y en aura plusieurs, il n’y a pas besoin d’être beaucoup, pourvu que ces trois aient compris. Alors, il est touchant Pierre, moi je l’aime bien dans sa naïveté. Il trouve que c’est tellement merveilleux qu’il dit : « - Plantons trois tentes. »

D’abord, il n’y a plus de place ici au Vorbourg pour que chacun plante sa tente. Et puis, ce n’est pas pour ça que nous sommes venus. Il fallait que Pierre lui, dise, il fallait que nous disions aussi au Seigneur combien c’est bon quand nos savons qu’il est là et combien nous aimerions faire prolonger ce moment. C’est exactement ce que Jésus veut nous faire comprendre. Il est transfiguré : trans : à travers… à travers sa figure. Ils n’ont vu que Jésus, ils l’on vu à travers sa figure. Si j’employais  l’expression que Matthieu a employé en grec, lorsqu’il a écrit, ça donnerait : meta morphosis : au-delà de sa morphologie. Voilà pourquoi nous redescendons de la montagne, pour qu’au-delà de toute rencontre, nous sachions voir au-delà de la figure, au-delà de la morphologie. Nous ne sommes pas ni un numéro d’AVS, ni un compte en banque. Et ceux que nous allons rencontrer ce matin, cet après-midi, et tous les jours à venir, ne sont pas seulement une morphologie. Nous avons à les rencontrer dans un cœur à cœur. Voilà le sens de ce qui nous est donné à comprendre ce matin. Non seulement, Jésus est transfiguré, mais tous ceux, toutes celles vers lesquels nous sommes envoyés, puisque Dieu nous l’a fait comprendre, tout homme, toute femme, nous est donné à l’image et à la ressemblance de Dieu. Alors, oui, ne quittons pas cette chapelle, après l’intimité avec lequel le Seigneur nous invite à son Eucharistie, sans répondre à la question qu’il continuera de nous poser : « - Que fais-tu là ? ». Répondons : « - C’est vrai, Seigneur, j’ai encore beaucoup de travail à faire, aujourd’hui. J’ai à te laisser transfigurer tous les visages de ceux et celles que tu me donneras de rencontrer aujourd’hui. » Amen.


Jeudi : messe de 8h30 - Gn 22, 1-2. 9a.103.15-18 - Jean 19, 25-30

Le Jeudi est jour de pose pour les francophones, les Laufonnais animent la messe de 10h en langue allemande. Ils ont un très sympathique célébration avec les enfants à 11h15 et viennent encore prier le soir.

Le Père Livio fait une pose méritée. Homélie du prédicateur de circonstance pour la messe de 8h30

Frères et Sœurs,  

Après avoir parcouru quelques montagnes de l’Ecriture, nous voilà de retour à Jérusalem. Vous vous souvenez certainement que le démon tenta Jésus au Temple. L’y ayant transporté, il lui dit de se jeter en bas pour que Dieu manifeste sa puissance. Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu lui avait répondu Jésus. Ce matin la 1ère lecture avec un saut dans le temps d’environ 1800 ans, se déroule au futur emplacement du Temple. Dieu a demandé à Abraham d’accomplir un sacrifice. L’annonce du sacrifice de Jésus est évidente pour nous. Les juifs préfèrent appeler cet événement la ligature d’Abraham, Isaac n’ayant finalement pas été sacrifié. Dieu a voulu tester l’amour d’Abraham en lui demandant de sacrifier Isaac son unique enfant, le fils de la promesse, Isaac qu’il avait eu dans la vieillesse. Indirectement, nous pouvons déjà voir le grand cas que Dieu fait de l’amour des parents pour leurs enfants. Lorsqu’une souffrance est présente dans une famille, Dieu y est attentif, ô combien. Dieu a une telle admiration, qu’il fait à Abraham une extraordinaire bénédiction. « Toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance… » Dieu ne demande pas ce sacrifice ultime à Abraham, un tel sacrifice humain est présenté comme une déviation dans le culte, nous connaissons l’épisode terrible  de la fille de Jephté.

Après le Sinaï et la Transfiguration, un moment qui aurait du renforcer les Apôtres au moment de la Passion, nous voilà devant le drame de la Passion, il n’y a pas d’autre terme. Le Christ est crucifié hors de la ville sur une sorte de promontoire, mais saint Jean ne cesse de mentionner la proximité du temple et la préparation de la Pâque à ce moment-là. Jésus est l’agneau immolé pour nous. Ce que Dieu n’a pas voulu demander à Abraham, il le fait pour nous. Jésus est le prêtre et la victime de ce sacrifice sur l’autel qu’est la croix. Comment saint Augustin nous parle-t-il du moment très émouvant, où Jésus donne à Marie Jean pour fils, et à Jean, Marie comme mère. On aurait attendu dans son commentaire, de très profondes réflexions et curieusement, il reste presque en silence. Il nous explique comment Jésus prend en quelque sorte une disposition testamentaire. Lorsque l’on mesure la souffrance simplement physique (si on peut employer le qualificatif de simplement) d’un condamné à mort durant son supplice, nous voyons le souci de Jésus pour sa mère. Il a un dernier moment de tendresse. C’était lui qui selon l’usage de son peuple était chargé de s’occuper d’elle, après la mort de Joseph. Il la confie à saint Jean, le seul disciple qui lui soit resté au pied de la croix. Saint Augustin met l’accent sur la piété filiale de Jésus. « Le Sauveur fait lui-même ce qu'il nous enseigne; maître plein de bonté, il apprend à ses disciples, par son exemple, tout le soin que des enfants pieux doivent prendre de leurs parents. » Et de se demander encore dans quelles conditions Jean pouvait la recevoir chez lui, lui qui se faisait pauvre à la suite du Christ.

Tant de miracles, de prédications, avoir fait déplacer des foules dans le désert même, et voilà celui qui reste à Jésus. Jean représente tous les autres à ce moment-là. Il  représente aussi l’Église. Marie est devenue notre mère dans ces circonstances. N’oublions pas que le concile Vatican II a proclamé Marie mère de l’Église. Elle en est le modèle,  il faut la prendre et l’avoir non seulement devant nous, mais chez nous. Nous ne pouvons grandir dans la fidélité et la connaissance du Christ sans Marie.

         Nous lisions hier à l’office des lectures, en fêtant Notre-Dame de Compassion, un extrait d’une homélie de saint Bernard sur l’Assomption. Cela m’a conforté dans le choix du chant Marie couronnée d’étoiles que nous avons chanté au début de la messe. Parler de la compassion et de la souffrance de Marie dans une homélie sur l’Assomption qui y songerait de prime abord. Marie a gagné sa couronne son titre de Mère des hommes au pied de la croix. Saint Bernard fait remarquer ceci de Marie : « Jean, dit-il, t’est donné en lieu et place de Jésus, le serviteur à la place du Seigneur, le disciple au lieu du Maître, le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, un simple homme au lieu du vrai Dieu. » 

         Il y a là non seulement un écho, mais le modèle en quelque sorte de ce qui est demandé aux disciples du Christ, de tout quitter, père, mère, famille, pays, biens, surtout se quitter soi-même, contre les promesses du centuple et la vie éternelle.  Marie a même fait  le sacrifice de son Fils  et de quel Fils. D’une certaine manière Marie comme la fille de Jephté a été en quelque sorte sacrifiée. Elle a vécu une sorte de mort. Elle a perdu celui qui est sa vie. La parole de Jésus lui donnant Jean pour fils a transpercé son cœur, lui a fait  subir une partie de son martyre, mais quel don nous a été fait ! Quelle réponse nous a été donnée aussi par la résurrection de Jésus, l’Assomption de Marie… Il y a quelque chose de caché, une œuvre de Dieu qui s’accomplit à ce moment-là.

Paradoxalement, il nous demande à nous aussi : Veux-tu me suivre jusque là  ? Combien de fois, répondons-nous Est-ce que je peux vraiment faire autrement Seigneur, maintenant que je suis embarqué dans le train des difficultés de notre vie humaine, de nos souffrances, de nos blessures.

Comment voir au-delà ?

La nature m’a offert hier une image, en attendant ceux qui viennent vivre le sacrement de la réconciliation. Derrière la chapelle, vous connaissez la grande croix. Et en face, de l’autre côté, il y a le rocher de Courroux, avec cette sorte d’épaule qui avance et descend brusquement jusqu’à la Birse. Le soleil brillait, mais en-dessous en direction de la vallée, un petit train de nuage escaladait gaillardement le rocher et redescendait sur l'autre versant. L’ombre faite par le rocher divisait quasiment en deux ce nuage, une partie était illuminée par le soleil, claire et blanche… l’autre était dans l’ombre et glissait dans l’obscurité. Tout à coup,  la colonne de brume quittait cette zone d'ombre et réapparaissait toute blanche dans la lumière. N’est-ce pas une image de ce qui se passe dans notre vie ? Nous sommes dessous, dans l’obscurité et nous voyons une partie des événements, la partie sombre. Dieu, lui voit tout le sens des choses, des événements, la partie claire et en clair. Il voit  aussi toute une souffrance spirituelle que nous ne voyons pas, infiniment plus grande pour le Christ. Il voit surtout tout le sens des événements de nos vies, le sens que nous donne la croix de Jésus, leur valeur et le soleil qui nous attend. Lorsque nous sommes en bas, de l’autre côté, nous pouvons voir cette croix là-haut, sur le rocher, sur la montagne du Vorbourg. Elle nous donne l’espérance. Jésus n’est plus là, mais ce que nous devons vivre, ce que nous avons à porter, il nous en délivre la signification profonde, il est avec nous pour le partager et le vivre, le porter avec nous. Je serais bien le dernier à vous dire que ce soit facile. Combien sommes-nous heureux parfois de voir de la lumière après un temps d’obscurité. Après la dernière ligne droite, nous savons que Jésus est là, parce que la croix est vide, le tombeau est vide et le Christ ressuscité. La tristesse est bien là à certains moments de nos vies. Benoît XVI dans son livre Jésus de Nazareth, nous dit ceci à propos de la tristesse : « La tradition nous a légué une image de la tristesse salutaire, celle de Marie au pied de la croix en compagnie de sa sœur, de Marie de Magdala et de Jean. Nous rencontrons dans un monde empli de cruauté et de cynisme ou de connivences dictées par la peur, le petit groupe de ceux qui restent fidèles. Ils ne peuvent détourner le malheur, mais, en partageant sa souffrance, ils se placent du côté du condamné, en partageant l'amour, ils prennent le parti de Dieu, qui est amour. » Cet amour, cette compassion, ce regard de compassion, portez-les autour de vous. Regardez d'abord la souffrance de celui qui est en face de vous, à côté de vous, devant vous.

         Comme saint Jean, prenez avec vous Marie que Jésus nous a laissé au pied de la croix. Sans elle nous ne pouvons rien faire, elle est pleine de grâce et cette grâce reçue de son fils, elle nous la transmet en tant que Mère. Prenez chez vous Marie, Notre-Dame de Compassion, Marie gardienne de la foi. Puissiez-vous, puissions-nous être aussi un jour, une étoile de sa couronne.


Vendredi 17 septembre : Mt 21 + en 1ère lecture, l'Evangile de la Samaritaine.

Toute cette semaine, chers amis, nous sommes montés d’une montagne à l‘autre. Le Sinaï, le mont Horeb, et voilà qu’au fur et à mesure, nous approchons de Jérusalem, que l’on appelle aussi la ville sainte, la ville d’en-haut. Depuis des siècles, des pèlerins montent vers Jérusalem, et la tradition a voulu au fur et à mesure, que l’on fournisse un livre de chant et de pèlerinage. Ces chants, nous les connaissons encore, ils sont groupés comme réunis ans un ensemble, des psaumes de montée ou des psaumes des escaliers… comme ceux de la chapelle. Montons vers Jérusalem, ô ma joie comme on m’a dit allons vers la maison du Seigneur. Et voici que nos pas se tiennent devant tes portes Jérusalem. Vous connaissez, ce fameux psaume que nous chantons encore aujourd’hui. Ainsi comme Jésus lui-même, comme le peuple de la Bible, nous montons vers Jérusalem. L’épisode d’aujourd’hui nous situe Jésus quelques jours avant sa passion. Ils entrent dans Jérusalem. Alors de l’évangile de ce jour, j’aimerais retenir deux montagnes, mais des montagnes pas tout-à-fait ordinaires. Surtout après celles sur lesquelles nous sommes montés, Sinaï, Carmel, Horeb et d’autres. La première montagne qui était mentionnée dans l’Evangile d’aujourd’hui, c’est un âne, et Jésus monte sur un âne. Vous me direz, ce n’est pas très sérieux. Enfin, vous avez déjà vu quelqu’un sur un âne ? Surtout quand ça trottine, comme ça et que celui qui est sur l’âne doit faire attention que ses pieds ne traînent pas par terre.  C’est comme cela que vous imaginez l’entrée d’un Dieu, de Jésus à Jérusalem ? Peut-être qu’il faudrait que l’on revise un peu nos liturgies pour le dimanche des rameaux. Quand on va pour entendre cet évangile… Vous comprenez ! les gens ont crié : « Voici ton roi ! »  Ce n’es pas eux qui l’ont invoqué, c’est un prophète, quelques années, quelques dizaines d’années avant Jésus. Il s’appelait Zacharie. Il nous dit : « - Attention, quand le messie viendra, il viendra sur un âne. » … pas sur un cheval ! Moi, j’aurais vu la fanfare républicaine, du style sur les Champs Elysées, le 14 juillet (!). Ce n’est pas notre roi, lui, il entre avec sa bade d’amis, il sort l’âne, puis il y a les gamins qui crient. Oh ! Ils ne portent pas les tee-shirts du club, pas HC Ajoie, ou Boncourt club de Basket, non, non ! Ils ont ce qu’ils ont, ils ont un manteau, ils mettent des couvertures, des palmes, ils font la fête, ils sont heureux ! Si bien que certains se disent, ce Jésus, il a fait des choses tellement extraordinaires, il a dit des choses tellement merveilleuses, peut-être qu’il va encore faire quelque chose. Ils sont là en spectateurs. Je me souviens aussi qu’on faisait la fête à Bourrignon quand j’étais gamin et que l’on descendait au marché. Ca secouait beaucoup à l’époque, ce n’était pas goudronné. On descendait à la ville, voilà, c’était la fête. Voilà que tout d’un coup, Jésus nous oblige à retourner nos références. On attendait comme un roi, qui allait enfin mettre un peu d’ordre, et bien on. On allait passer à côté de lui… Et puis en ville, vous avez entendu, il y a quand même eu de l’agitation. Alors, en ville, les gens bien, les grands-prêtres, les scribes, ceux qui normalement devraient savoir, s’inquiètent : « - Pourquoi ils sont tous par là, quel est cet homme ? ». Oui, c’est la bonne question. Quel est cet homme ? Quel est cet homme que nous désirons suivre ?  Quel est cet homme que nous appelons parfois notre sauveur et notre roi? Quel est cet homme que nous appelons souvent le Seigneur. Quel est cet homme pour moi ce matin ? Est-ce que j’ai le droit alors que j’aurais failli ne pas le reconnaître, juché qu’il est sur son âne.

Quelle est la question qui taraude cette femme de Samarie ? Ah ! celle-là, je l’aime bien. J’aurais bien aimé, moi, assister à cette rencontre extraordinaire. Elle ne le connaît pas, cet homme qui s’arrête au bord du puits. Elle est d’ici, elle est de Samarie. C’est qui cet homme ? C’est dans la rencontre, dans le cœur à cœur, qu’elle découvre progressivement qu’il sait quelque chose. Oh ! pas comme un enseignant. Pas comme un docteur de la Loi, pas comme un pédant qui va tout dire, mais comme quelqu’un qui va lui découvrir progressivement qui elle est. Alors, elle va lui dire : « - Oui ! Je vois que tu es un prophète. » Nous en avons déjà parlé. C’est quoi un prophète ? C’est quelqu’un qui permet à d’autres de voir les signes de la présence de Dieu. Donc, vous êtes tous prophètes. Vous n’avez pas de chance. C’est pour ça que vous êtes venus ici.  Et comment allez-vous faire pour permettre à ceux et celle que vous allez rencontrer, de découvrir le signe de la présence de Dieu. Alors, non sans quelqu’ironie, le texte des évangiles d’aujourd’hui nous proposent une deuxième montagne. Là aussi, tout aussi extraordinaire. Quand Dieu arrive sur le mont du Temple, et qu’il voit tout ce bazar, il voit surtout des montagnes de sous et de colombes, et des pièces de viandes pour des sacrifices, et de souvenirs. Et ajoutez tout ce que voulez. Dans tous les lieux de pèlerinage, il y a toujours des boutiques. Je profite quand même de l’occasion, pour remercier très chaleureusement notre cher Père bénédictin qui veille ici sur la chapelle et qui peut compléter notre démarche par une petite bougie, un petit souvenir, un chapelet, une image que sais-je ? (Note de l’intéressé : par la messe quotidienne, l’écoute, le sacrement de réconciliation, le chapelet le dimanche, l’accueil des groupes, la veille sur le sanctuaire et les alentours, la neige en hiver, le soleil en été, les escaliers à monter et à descendre, la réponse aux téléphones, et tout le reste… Amen dico vobis). 

C’est là que Jésus nous attrape, pas seulement ceux de l’Evangile. Vous avez déjà vu dans quelle attitude vous vous trouvez lorsque vous achetez ? D’abord vous êtes tout recroquevillé pour voir si… D’abord, elle est combien cette bougie ? Je ne préfère pas insister… Ou : l’image est un peu froissée ? Puis vous allez encore plus vous recroqueviller pour voir si dans votre porte-monnaie vous avez assez de sous. Surtout que le voisin ne sache pas combien d’argent vous avez dans votre porte-monnaie... Vous êtes tout recroquevillé. Ca, c’est la mauvaise montagne. Jésus bazarde tout ça, il ne nous a jamais dit qu’il ne fallait pas qu’il y ait des boutiques sur les lieux de pèlerinages. Il nous dit simplement : « - Est-ce que vous en faite une caverne de bandit ou est-ce que avec cette bougie vous laissez de votre flamme monter encore vers le Seigneur. Avec cette image, avec cette carte peinte, vous avez-vous ouvrir sur ceux vers lesquels le Seigneur vous envoie. Avec ce chapelet, vous allez prier pour ceux qui ne savent pas prier. Alors, oui ! Heureusement que nous avons des sous.

Sur cette montagne, Jésus nous invite encore aujourd’hui. Je peux vous laisser encore une dernière image, j’aime beaucoup les images ! Celle-là, je l’ai dans  mon cœur. La prochaine fois que vous direz à la coop, à la migros, choisissez : ou vous regardez combien vous avez d’argent dans votre porte-monnaie, ou vous souriez à la vendeuse, ou à la caissière, je vous souhaite de regarder souvent le sourire que vous allez éveiller sur le visage de votre voisin, de votre voisine.


 

SAMEDI : 18 Septembre - Za 14 - Ps 132 - Mt 28

 

    Il y a des jours où il faudrait presque faire un cours d’archéologie pour mieux goûter la petite pointe de ces textes. Nous venons d’avoir dans notre très beau psaume 133 : « Oh ! qu’il est bon, qu’il est doux d’être tous ensemble réunis entre frères et sœurs. » C’est ce que nous avons vécu, c’est ce que nous vivons encore maintenant, tout au long de ces fêtes du Vorbourg. C’est bon, c’est vrai. Le psalmiste utilise des images qui à l’époque parlaient beaucoup. Il faut peut-être expliquer. Il nous dit, c’est bon, c’est doux comme ce parfum qui coule sur la barbe d’Aaron. Attendez, ça, il faut que je l’explique. A l’époque, surtout les jours de fête, et nous sommes dans un pays où il fait chaud, alors on prenait l’habitude de mettre sur la tête des hommes un peu de parfum dans de la graisse animale, et au fur et à mesure de la transpiration, ce parfum descendait sur le visage et coulait sur la barbe. On a fait mieux, maintenant, on a des pscht, pscht, comme ça ! Mais c’est toujours tellement agréable, quand on parle avec quelqu’un, qu’il y ait un parfum agréable. Nous le savons bien, que ce soit nous messieurs, avec notre aftershave, que ce soit vous mesdames, avec je ne sais pas quoi, avec tous vos produits. C’est pour les autres, c’est pour que tout le monde en profite. C’est la première image que j’aimerais garder de ce psaume. Quand on est tous ensemble, ça doit sentir bon. Pas seulement pour nous, mais il faudrait que ça sente bon Dieu, partout où nous allons. Ça serait merveilleux. Voyez les gens qui se retournent dans la foule : « - Vous avez mis quel parfum, aujourd’hui ? ». « Ah !  moi, j’ai Dieu ! » Ce serait pas mal. Je vous laisse choisir votre parfum.

Et puis, il y a une deuxième image qui vient de ce texte que  nous avons entendu, un peu compliquée à partir du contexte géographique de chez nous. A l’est de Jérusalem, il y a une montagne, le Mont des Oliviers. Le prophète Zacharie, celui qui vient très peu de temps avant Jésus, le dernier des prophètes de l’Ancien Testament, dit : «  - La montagne va se couper en deux. » Imaginez que vous êtres à Delémont. Vous avez le sommet de la montagne qui est ici au Vorbourg, et la montagne est continue. Toute la géographie de la Terre Sainte est organisée Nord Sud. Il y a une série de collines sur laquelle il y a Jérusalem. Il y a une série de colline de l’autre côté de la Vallée du Jourdain, aussi Nord Sud, et rien d’Est en Ouest. Donc, quand on dit qu’il y  a quelque chose d’impossible qui va se réaliser, on dit, ça va être d’Est en Ouest. Ici, il y a un bon exemple, Juste derrière ça, il y a un bon exemple de ce que le  Seigneur a fait, il a coupé la montagne. C’est exactement cette image qui vient de nous être donnée. C’est pas possible que quelque chose se passe… Et le texte dit : « - Oui, c’est le Seigneur qui le fait. » Alors est-ce que le Seigneur arrive avec ses terrassiers ? Non, il vient avec ses anges. Et il fait la Transjurane… Enfin, on l’attend toujours encore. Et voilà qu’il réalise ce que nous espérons. Et qu’est-ce que nous espérons ? Si vous arrivez encore à Jérusalem, vous savez que vous devez monter pour arriver à Jérusalem. Que vous arriviez du Nord, du Sud, de l’Est ou de l‘Ouest, vous ne pouvez que monter. Et donc quand vous êtes à Jérusalem, vous ne pouvez que redescendre.

C’est le sens de nos deux lectures d’aujourd’hui, c’est qu’arrivé au sommet, nous devons redescendre, et redescendre comment ? Je viens d’en donner l’image, comme ce parfum qui coule de la barbe d’Aaron, qui coule depuis le Mont Hébron, comme une rosée. Soyons la rosée de tout le Jura Pastoral pour que nous sention bon Dieu.

Et puis l’image continue, c’est depuis cette montagne que l’eau va couler, vers la Méditerranée d’un côté, et vers la mer Morte de l’autre. Morte pourquoi ? Parce que vous n’arrivez rien à tirer de cette mer. Elle est tellement salée qu’on ne peut rien en faire. Et voilà qu’il nous dit : « Voilà que l’eau vive va couler » pour rendre agréable cette eau qui est surchargée de sel. Voilà la deuxième image que nous pouvons emporter ce matin avec nous. Soyons comme cette eau qui va adoucir le monde vers lequel nous sommes envoyés. Alors nous comprendre l’Evangile, ce dernier passage, c’est par ce verset que l’Evangile de Matthieu se termine, c’est un envoi : « Allez, soyez bon à sentir, soyez doux pour dessaler ce qui est trop aride, soyons cette eau vive qui transforme le monde, ô pas par nous, mais pour les autres, et par Dieu. » Voilà l’envoi. Au milieu de tout ça, une petite phrase, nous sommes à quelques versets de l’Evangile de Matthieu. Nous sommes au moment de la Résurrection, nous sommes au moment où le Seigneur apparaît dans sa gloire. Les disciples sont là, ils se prosternent. Eh bien, un tout petit mot ! Merci, les apôtres. C’est pas des surhommes, les apôtres. Ils ont des doutes. Vous aussi, moi aussi. Il y a des jours où on se dit : « - Mais comment est-ce qu’on va pouvoir transformer le monde pour qu’il soit bon à sentir, pour qu’il soit agréable au goûter. » Et on baisse les bras, et on a des doutes. Et je crois que cet élément, il fait partie intégrante des éléments que nous recevons à chaque rencontre avec le Seigneur. Car le Seigneur ne nous veut pas plus fort que nous sommes, il nous prend comme nous sommes avec nos questions et avec nos doutes. Et c’est avec ces questions et avec nos doutes qu’il nous envoie, il nous connaît. Il sait ce don nous sommes capables, il sait aussi nos fatigues, nos lassitudes, nos interrogations, nos doutes.

Oui, il est bon, il est bon d’être tous ensemble en frères et sœurs, parce que justement, Dieu fait très bien les choses. Je crois que nous aussi, nous n’avons pas des doutes tous ensemble, à la même heure. Alors comme j’en ai parlé tout au long de la semaine, nous avons besoin de bâton pour marcher, nous avons besoin les uns des autres. Nous en avons surtout besoin quand moi j’ai des doutes et que de fait, tu vas me prendre par le bras, et me dire : « - Allez ! On y va. » Et le Seigneur nous envoie jusqu’au bout du monde. Alors, entraînons-nous les uns les autres. Voilà le message qui nous est donné ce matin pour que nous puissions avec le Seigneur, mais entre nous vivre cette fraternité que nous recevons. La vivre avec la force du pain et du vin que nous allons partager, la vivre avec cette conviction que le Seigneur nous prend tels que nous sommes, avec nos enthousiasmes et aussi avec nos doutes.


Clôture : Dimanche 19 septembre - Apocalypse

Il était bien normal, chers amis que nous terminions cette semaine de fêtes du Vorbourg, cette semaine de montée vers le Vorbourg par ces visions de l’Apocalypse. Je précise tout de suite, parce qu’il est nécessaire dans le vocabulaire journalistique surtout de préciser le sens du mot Apocalypse. Aujourd’hui, les journalistes et même les faiseurs de films, se délectent d’employer, chaque fois qu’il se passe quelque chose de catastrophique, de dire : c’est l’apocalypse. C’est dommage qu’il n’aille pas regarder dessous, car chaque fois qu’on parle d’Apocalypse, on ne peut rien dire d’autre que : « quelque chose qui est dessous. » Apocalypsis ça veut dire : enlever un voile, dévoiler. Vous savez très bien que à part le français qui a gardé en décalque le même terme, dans toutes les autres langues, c’est bien cela qu’on veut dire. « Offenbarung » rendre ouvert. En anglais : revelation = révélation. Dans le mot révélation, vous avez le mot voir. Qu’est-ce qu’il y a dessous ? Dessous, chers amis, ce n’est pas probablement pas pour ça qu’on a mis un tapis devant l’autel, dessous, chers amis, il y a souvent la poussière de la chambre qu’on a mis sous le tapis, parce qu’on n’a pas le temps de passer l’aspirateur. Qu’est-ce que vous avez mis dessous ? Et parmi cette poussière, il y a tout ce que, pendant cette semaine au Vorbourg, nous avons monté, confié à Marie, et présenté dans le cœur de Dieu. Les choses légères et les choses lourdes aussi. Tout ce qui nous pèse, tout ce dont nous aurions aimé être allégé. Et Dieu a une bizarre façon de nous dire que les choses lourdes ne doivent pas être cachées. Je me rappelle un jour, c’était sur le mont des oliviers, à Jérusalem, une de mes amies qui est bénédictine sur le Mont des Oliviers, sachant que j’étais passionné par le monde biblique, me dit : « - Tu pourrais regarder dans tes dictionnaires, pourquoi est-ce qu’on dit toujours : Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ? » Je lui dis : « - Eh bien, c’est parce que c’est comme ça qu’on dit. » Je me méfiais un peu, vous savez, parce que quand vous avez en face de vous une femme qui passe sa vie avec le Seigneur, et toute remplie du Seigneur, il n’y a jamais de question qui soit innocente. Je me suis dit : « - Alors, ma brave petite sœur, tu es ou une … ou tu as envie de me faire comprendre quelque chose. » Alors, je suis rentré chez moi, j’ai regardé dans tous les dictionnaires que j’avais, les dictionnaires en hébreu, les dictionnaires en grec, les dictionnaires en latin. Chaque fois que j’employais le mot qui est traduit en français par Agneau de Dieu qui enlève le péché, du monde, chaque fois le dictionnaire me disait : « enlever » . Il y a peut-être une coquille ? Et bien non ! Ce n’est pas une coquille. Je ne vais pas changer la liturgie. Ce n’est pas mon travail. Donc, on continuera de dire : Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Comment est-ce que Dieu enlève ? Il efface ? Non ! Est-ce que vous vous souvenez ? Et vous vous souvenez, puisque toute la semaine nous avions  un bâton. Est-ce que vous vous souvenez de ce fameux passage… C’est dans l’ancien Testament, ce passage qui nous rappelle  que les fils d’Israël, à peine libérés du pays d’Egypte, ont traversé une longue plaine. Il y avait des serpents, des scorpions, et beaucoup étaient piqués par des scorpions, piqués par des serpents. Tout le monde se met à murmurer, à rouspéter contre Moïse et Moïse ne sait pas quoi faire, et il s’adresse à Dieu et Dieu lui dit : « - Fais-toi, un serpent, un serpent d’airain et élève-le, et chaque fois que traversant cette longue plaine, les hommes et les femmes de la Bible, mais aussi nous, nous serions confrontés à des accidents graves, des ruptures de confiance, des pertes d’espérance, bref des remises en question essentielles, il suffirait de regarder, mais alors pour ça, il faut l’élever, il suffirait de regarder le serpent et on ne serait plus écrasé, mais rempli au contraire d’espérance. »  Il y a parmi vous des gens des professions médicales, donc, je n’insisterais pas plus pour rappeler que de ce serpent d’airain des professions médicales, on fait le caducée : Un bâton et le serpent autour.

Non pas, qu’il n’y aura plus de mort, non pas, qu’il n’y aura plus de désespérance, non pas qu’il n’y aura plus de catastrophe dans notre vie, mais que tout cela est traversé par la présence de Dieu. C’est cette grande vision, que l’Apocalypse fait ressortir. Alors, c’est vrai que moi, je ne peux plus célébrer sans penser à cette petite sœur du mont des Oliviers et dans mon coeur de dire, vous voyez qu’il y a un sens différent de dire : « - Agneau de Dieu qui élève le péché du monde. » C’est-à-dire que nous le voyons ! On ne peut pas dire, ça ne me concerne pas, ce sont tes péchés… Occupez-vous de vos péchés. Mais non… Tout simplement chers amis, on n’est pas tous les jours bons. Parce qu’on ne réussit pas tous les jours. Moi, j’admire les cuisinières qui réussissent tous les jours la mayonnaise. Ce serait catastrophique, chers amis, si nous vivions une vie parsemée d’échecs et si nos échecs, il fallait les effacer, les oublier, faire comme si ça n’avait pas été. En tous cas, ce n’est pas comme ça que Dieu fait avec nous. Dieu fait avec nos réussites et avec nos échecs, avec nos joies et avec nos peines, avec nos désirs d’ouverture et avec nos égoïsmes de fermeture. Dieu fait avec tout cela. Avec cette grande vision dans ce livre qu’on appelle justement révélation, et qui commence avec un ordre de Dieu à ce Jean, puisqu’il lui donne ce nom et lui dit écris : « Ce que tu vois. » Mais, je ne peux pas parler au nom de Dieu, comme ça. Je ne peux que vous suggérer que Dieu dit la même chose. « Écris ce que tu vois. » Qu’avez-vous vu aujourd’hui qui vous parle justement de Dieu ? Est-ce que ce superbe soleil qui nous a accompagné cette après-midi, ça vous parle de Dieu ? Est-ce que ce soleil est aussi dans votre cœur ? Est-ce que ce soleil n’est pas seulement dans votre cœur, mais vous êtes capables de le transmettre à d’autres ? Ce serait la révélation, ce serait Dieu qui entre par tout ce que nous sommes capables de voir, jusque en nous, et qui nous manifeste sa présence. Alors, il y a une chose qui m’a toujours bouleversé. Parce que comme vous, moi je me suis toujours dit que toute notre vie, c’est comme une montée. On entrerait par en haut, dans la demeure de Dieu. Quand on fait partie du peuple de la Bible, pour dire la demeure de Dieu, on dit souvent : dans la Jérusalem d’En-Haut. Voilà que le texte nous dit justement aujourd’hui que lorsque l’on est près lorsqu’on est aux portes de Jérusalem, ce n’est pas nous qui montons sur la montagne, c’est la montagne qui descend vers nous. Ce nous qui montons vers Jérusalem, c’est Jérusalem qui prend place au milieu de nous. Alors, toutes les images, je ne vais pas me répéter, prenez telles que vous avez entendues, celles que vous avez envie de retenir. Toutes ces images sont tout d’un coup renversées. Tout passe, nous est-il dit, il n’y  a plus de mer. Oh ! nous, qui n’avons pas de mer, la mer c’est souvent les vacances, c’est les catalogues où au moins on pourra rêver de vacances dans des endroits où on ira peut-être jamais. Mais lorsqu’on est en Palestine, la mer, c’est à l’ouest. C’est à l’ouest que le soleil se couche, tous les jours que Dieu fait, parce que c’est un pays où tous les jours, il y a le soleil. Le soleil se couche dans la mer. C’est tout simplement affreux. La mer mange le soleil, et elle ne le rend jamais. Le soleil le lendemain, vient d’ailleurs. C’est tous les jours, une nouvelle révélation. C’est pour cela que dans le texte biblique, la mer est un lieu dangereux. Les textes de l’Apocalypse parlent comme tellement de femmes de marins qui n’ont pas vu leur homme revenir. La mer n’engloutira plus, la mer ne retiendra plus. L’image suivante, c’est tout simplement pour nous parler de la mort de la mort. La mort n’est plus une fin, la mort est une ouverture. La mort est une réalité, elle devient un passage. La mort, c’est de savoir que derrière la porte, il y a quelqu’un qui m’attend. Voilà toutes ces images toutes simples, des images qu’on a repris, et répété. Par exemple, Jésus nous fait comprendre qu’il est l’alpha et l’oméga. Quand vous dites de a à z, qu’est-ce que vous faites des autres lettres entre les deux ? Vous imaginez un clavier de machine à écrire ou d’informatique, où il n’y aurait qu’un a et un  z ? Ca n’irait pas ! Quand Jésus nous dit qu’il est l’alpha et l’oméga, il nous dit qu’il est tout ce qui nous permet non seulement d’écrire, mais de penser, de communiquer, de parler. Il est donc tout cela. Derrière chacune des lettres de l’alphabet que nous employons pour écrire, il faudrait que derrière chacune des lettre se révèle la présence de Dieu. Alors oui, on  n’écrirait pas n’importe quoi. Et de vous dire, et de vous demander ce que vous faites avec les lettres de l’alphabet quand vous les écrivez, ou quand vous les prononcez. C’est Dieu lui-même, avec ce Jésus, ce Jésus de la révélation qui nous dit qu’il est alpha et oméga. Il est toute notre parole après avoir été lui-même parole de Dieu. Il n’est pas d’autre parole qui puisse se faire entendre, si ce n’est la parole de Dieu, à travers vos paroles. Alors, choisissons, chers amis… Que nous ayons la force de la parole, et que nous cessions les bavardages. Que notre langage devienne communiquant. Que notre langage devienne révélant. Qu’il soit le lieu où je sais que Dieu habite. Voilà cette ouverture. Comment dire autrement que ce monde vu de cette façon là, est beau. Tout au début de la Bible, il est question de Dieu qui s’émerveille. « Dieu vit que cela était bon. » Tout à la fin de la Bible, il est question de la présence de Dieu. Comme aux jours de fêtes, comme dans un mariage. Oui, la mariée est belle. La mariée c’est nous, la parole de Dieu que Dieu nous transmet pour que nous puissions la transmettre plus loin. Alors, laissons de côté, dans le cœur de Dieu, tout ce qui nous alourdit. Demandons à Dieu de permettre de réaliser que sa présence est en nous. Elle est par nous, elle est avec nous. Je n’ai pas terminé, je n’ai pas envie de terminer. Mais vous seriez très fatigués si je continuais de parler. J’ai simplement envie de dire : « Mais quand est-ce que Dieu est le plus présent ? » - « Quand vous le sentez, quand vous le touchez, quand vous permettez que tout ce qui est fermé s’ouvre. Il y a dans notre vie, beaucoup de choses que nous considérons comme fermées. Demandons  Dieu d’ouvrir tout grand nos cœurs d’abord, nos mains ensuite, notre imagination, notre alphabet, nos moments de joie, mais aussi nos morts de chaque jour, pour que tout cela soit ouvert, pour que je puisse te rencontrer, pour que tu puisses me rencontrer, et que l’espace entre toi et moi, entre vous et moi, entre nous ici, et tous ceux qui ont fait la fête dans cette ville de Delémont, tout autour, que tout cet espace ce soit le temple de la présence de Dieu.