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Fêtes du Vorbourg, du 13 au 20 septembre

« Pèlerinage vers soi-même... pour y trouver qui ? »

« Une vie spirituelle, intérieure, très forte pour un projet pastoral audacieux!», telle sera l'intention des prédications du Père Jean-Daniel Mischler, de l'abbaye bénédictine de Maredsous en Belgique. Il sera le prédicateur des Fêtes du Vorbourg 2009 sur le thème «Pèlerinage vers soi-même, pour y trouver qui?»

 

Chaque jour la messe sera célébrée à 5 h 30, 6 h 30, 7 h 30, 8 h 30, 10 h et 20 h.
Le Père Mischler prêchera à celles de 8 h 30, 10 h et 20 h.

A l'ouverture de la Semaine du Vorbourg par les Vêpres solennelles, dimanche 14 septembre à 16 h, son sujet s'appuiera sur les textes de la Genèse, 12, 1-9: «Partir chez soi...» Les célébrations à 20 h sont animées par les Unités du Jura pastoral:

- Lundi 14 septembre, pour l'Unité pastorale St-Germain par la paroisse de Courroux, «La route du silence» 1 Rois 19,9-18 et Luc 11, 1-4
 

- Mardi 15 septembre, par l'Unité pastorale Sts Pierre et Paul, par la paroisse de Delémont, «Le tapis de la méditation» Isaïe 55, 6-11 et Luc 10, 38-42
 

- Mercredi 16 septembre, pour l'Unité pastorale Ste Colombe, «L'échelle de l'amour» Osée 2, 16-22 et Jean 17, 21-26.
Bénédiction des petits enfants, à 16 h.
 

- Jeudi 17 septembre, célébrations en langue allemande avec le Laufonnais
 

- Vendredi 18 septembre, par le doyenné d'Ajoie - Clos du Doubs, «Les fenêtres de la communauté» Deutéronome 22,1-4 et Matthieu 18, 15-22
 

- Samedi 19 septembre, par le doyenné du Jura bernois, « Une école d'espérance et de paix» Galates 5, 22-25 et Jean 4, 7-15
 

- Dimanche 20 septembre, Jeûne fédéral, clôture par les vêpres à 15 h, «Et maintenant... Prends ta vie en main» Luc 4, 16-30


Dimanche d'Ouverture : « Partir chez soi ». Genèse 12,1-9

Je dois vous l'avouer, j'ai un grain de folie pour Abraham. J'adore ce personnage, tout simplement parce qu'il me dit qui je suis, et qui je suis pour Dieu. Il est mon miroir, mon reflet, l'expression de mon visage. Il est celui qui me montre la route. J'aime Abraham, non pas à cause de sa grande barbe blanche ou à cause de son âge, mais à cause de ses pieds. Abraham est un grand marcheur. En continuel déplacement, comme vous, comme moi. Avec ses pieds, Abraham est parti, il a pris la route, les pieds dans le sable, pour avancer, pour aller, pour monter et descendre les collines jusqu'au chêne de More. Mais avant de partir, Abraham a du prendre du temps pour lui, pour saisir la nouveauté de sa vie, pour découvrir son identité. N'êtes-vous pas parti vous aussi ? N'avez-vous pas quitté votre milieu de vie ? N'avez-vous pas laissé derrière vous famille, parents, enfants, amis pour monter, marcher peut-être, jusqu'au Vorbourg ? Mais, où est allé Abraham avec ses pieds brûlés par le soleil ? En venant ici qu'êtes-vous venu chercher ? Où allez-vous vraiment ? Abraham n'est pas parti bien loin. Il est d'abord parti chez lui. Dans le texte biblique, il ne faut pas traduire : « Pars, quitte ton pays », il faut traduire : « Va, vers toi ». Qu'est-ce que cela signifie, « va vers toi » ? Comment voulez-vous partir, aller chez les autres, si vous ne vous êtes pas mis en quête de vous-même ? Va vers toi-même, pars vers toi-même, d'abord, si tu veux rencontrer les autres. Mets-toi en mouvement toi-même, pour toi-même, si tu veux rencontrer les autres en vérité. Fais d'abord la vérité sur toi pour être bien avec les autres. En d'autres mots, creuse et construit ton identité, ton identité d'homme, de femme, de père ou de mère, de fils ou de fille, de collègue, etc. Lorsque Dieu dit à Abraham, va vers toi, il désire un éveil, une résurrection, un changement, une transformation pour un nouveau départ. Abraham doit être conscient de ce qu'implique ce nouveau départ. L'appel de Dieu implique tout un travail sur lui. Ce qu'Abraham doit découvrir, c'est son identité de fils de Dieu. Cà veut dire qu'il devient porteur d'une vie nouvelle, d'une espérance pour l'humanité. Il devient porteur d'un amour, porteur d'un souffle nouveau, d'une vie nouvelle. Mais pour devenir vraiment fils de Dieu en répondant à l'appel de Dieu, Abraham a tout un travail à faire. Quitter le monde des idoles dans lequel il était familier. Quitter son milieu naturel. Quitter des habitudes, des entreprises, une manière de vivre. En d'autres mots, Abraham est appelé à vivre un exode, un passage, une sortie, une Pâques. Voilà ce que signifie l'appel de Dieu à Abraham : « Va, vers toi ». Va vers toi, pars vers toi-même pour prendre conscience de ce que tu es appelé à devenir. Va et sois lucide sur ta réponse. Puis, va, avec toi-même, vers le pays que je t'indiquerai. Au début de cette semaine de prière, de pèlerinage, n'entendez-vous pas, vous aussi, cette parole de Dieu à Abraham ? A vous aussi, Dieu vous dit : «Va vers toi ». Comme membres de l'Eglise qui est au Jura, vous êtes appelés à de grands changements. Un nouveau projet pastoral se met en place. Des changements importants ont lieu au niveau de tous les agents pastoraux. Un exode, une Pâque est en route, en mouvement. L'Esprit est à l'œuvre. Un appel se dessine. Non pas parce que c'est bien d'avoir un projet pastoral, mais tout simplement parce que la vie des hommes et des femmes de ce territoire appelle une nouvelle présence, une nouvelle dynamique d'Eglise, pour rejoindre les hommes et les femmes d'ici là où ils sont et non pas là où je voudrais qu'il soit. Mon intention est claire. Vous désirez rayonner de l'Evangile, créer des communautés qui rayonnent l'Evangile ? Commencez par travailler sur vous, « va vers toi », édifiez en vous un sanctuaire intérieur, creusez en vous une source vivante, un lieu habité. Avant de partir dans le désert, Abraham est invité à faire une halte en lui-même. C'est à un pèlerinage intérieur que je vous invite. C'est là que vous rencontrerez Celui qui vous appelle. Lui saura vous engendrer à une vie nouvelle et à une nouvelle espérance pour la société dans laquelle vous vivez. Comment construire ce sanctuaire intérieur ? C'est quoi ce sanctuaire intérieur ? De quoi est-il fait ? Je vous propose de construire votre sanctuaire intérieur un peu comme on construit une demeure, une maison. Une maison a besoin d'un sol, sur ce sol on va y poser un tapis, une moquette. Néanmoins, cette maison a besoin de murs solides, elle a besoin d'un toit, tout comme elle a besoin de fenêtres. Mais au cœur de la maison, il y a un lieu central, un lieu source, un lieu dynamique qu'il faut créer. Le sol, c'est le silence. Pas de vie intérieure sans silence. Notre vie a besoin d'un arrière fond de silence. Quitter tous les bruits, intérieurs et extérieurs. Se retrouver soi-même pour être bien avec soi et avec les autres. Sur ce sol, j'y pose le tapis de la méditation, de la prière, de la contemplation. Une méditation, une prière enracinée dans l'écoute de la Parole de Dieu. L'écoute implique toujours un arrière fond de silence. Toute maison a besoin de s'édifier avec des murs. Votre sanctuaire intérieur aussi. Les murs de l'écoute, des choix, de l'obéissance à la Parole de Dieu. Ces murs vous permettront d'y adosser une échelle, l'échelle de l'amour. Plus j'écoute la Parole de Dieu, plus je me laisse engendrer par elle, plus grandit en moi le désir d'aimer et d'être aimé par Dieu. Ces murs ont besoin de fenêtres, ouvertes tantôt pour communier avec les autres, mais aussi fermées parfois pour fuir les bruits qui m'empêchent d'écouter. Au cœur de la maison, du sanctuaire, un lieu central, un autel, le Christ qui va donner une âme pour que rayonne la Bonne Nouvelle qu'il sème en nos vies. Le silence, l'écoute de la Parole de Dieu, la méditation et la prière, l'amour fraternel, l'esprit communautaire, l'ouverture à la vie concrète des gens, tout cela façonné par le Christ, animé par le Christ pour susciter auprès des hommes et des femmes qui vous rencontrerons, une nouvelle espérance. Votre sanctuaire intérieur deviendra alors cet espace qui vous donnera de rayonner. Vous serez alors comme Abraham, capables de partir, de traverser tous les déserts de vos vies, capables d'aller toujours plus loin à la rencontre des espaces humains, les pauvres, les affamés, les affligés, pour que vienne le Royaume de Dieu.


 Lundi : La route du silence 1 Rois 19, 9-18 + Luc 11,1-4

Le silence ! Je désire vous introduire dans le silence. Le silence intérieur. « Va vers ton silence ». C'est une autre manière de vous dire comme Dieu l'a dit à Abraham : « Va vers toi ».

Pas facile le silence, pas facile d'évacuer le bruit, non seulement le bruit extérieur, celui du vent, des machines, de la musique, de la parole, mais surtout le bruit intérieur. Les pensées qui m'envahissent, les soucis qui ne me laissent pas tranquille, les émotions qui me troublent.

Au monastère, nous lisons souvent sur le visage des hôtes soit l'étonnement, soit la peur, lorsqu'ils entrent au réfectoire pour le repas en silence. « Ce silence si oppressant que le citadin le noie dans les mots », disait Théodore Monot, habitué au silence des déserts.

Le silence, c'est d'abord un retrait, se retirer, faire retraite. Non pas pour se taire, mais pour se rendre disponible. Se rendre disponible à soi-même et accepter de descendre dans les profondeurs intérieures, de visiter mes grandes aspirations comme d'y croiser mes blessures les plus intimes. Alors, le silence devient une épreuve, et la retraite, aussi bénéfique soit-elle, pourra nous travailler le cœur.
Le silence, c'est un pèlerinage, un pèlerinage vers soi-même pour y trouver Dieu. Nous ne sommes jamais seuls dans le silence. Néanmoins, il faut le nourrir, l'habiter, y demeurer.

« Mon âme se tient, égale et silencieuse, comme un petit enfant contre sa mère », dit le psaume 131.

Etre en silence, c'est se laisser approcher par Dieu. « Nous tenant en silence, Dieu vient à nous plus facilement que dans le bruit », me disait un moine. Encore faut-il comprendre cette présence mystérieuse de Dieu qui entre en dialogue avec le plus intime de nous-mêmes. Elie en a fait l'expérience sur la montagne où Dieu l'attendait. Dieu, il ne l'a pas rencontré dans le tonnerre ni dans la fureur. Dieu ne se présente pas à l'homme avec trompettes et fracas. Il est, comme le découvre Elie à l'Horeb, « une voix de fin silence ».

Quand saint Benoît invite ses moines, et ceux qui les rejoignent, à incliner l'oreille du cœur, c'est pour entrer dans cette écoute mystérieuse d'un Dieu présent au cœur de l'homme.

C'est la rencontre de deux silences : « Le silence de l'homme attire le silence de Dieu. Heureusement, Dieu lit dans le silence des cœurs », écrivait Julien Green. L'oreille écoute : dans le silence, Dieu parle.

Retournons auprès d'Elie. Le premier mouvement d'Elie le conduit dans une grotte. La grotte c'est le lieu propice à la prière. Mais la grotte c'est aussi la nuit, ce moment favorable pendant lequel le Seigneur nous parle au cœur. Elie, cet homme déterminé à défendre son Seigneur, attaché à ses conceptions du service du Très Haut, le Seigneur lui demande de sortir, sortir de ces certitudes, quitter toutes ses représentations pour n'écouter que la Parole de Dieu. Et seul, le bruit d'une brise légère lui signale la présence de Dieu.

Si tu veux entendre la voix de Dieu, entre dans le silence de ton cœur, quitte le brouhaha de ton environnement, fuis la violence du monde.

Rejoignons l'expérience de Jésus. Jésus, lui aussi, s'en va vers lui-même. Il quitte le bruit des foules, il laisse ses disciples murmurer entre eux. Il se retire dans le désert du silence pour laisser toute la place à Dieu son Père. Dans le silence de Jésus, couché à même le sol, comme pour se rendre totalement disponible et se laisser germer par son Père, il écoute, comme Elie, le bruit d'une brise légère. Légère est la Parole de Dieu quand elle est reçue par un cœur silencieux et disponible. Et c'est là que Jésus entend la volonté de son Père.

Littéralement soufflés par ce silence de Jésus, les disciples s'approchent pour lui demander de leur partager son expérience intérieure. Apprends-nous à entrer en nous, apprends-nous le silence intérieur, apprends-nous à construire un sanctuaire intérieur. Apprends-nous le souffle qui t'anime.

Jésus se relève. Jésus fait jaillir de son cœur sa propre prière, ce qui a germé en son cœur, ce qui l'a habité. Jésus exprime alors le désir le plus profond qu'il puisse dévoiler à ses disciples : que le Nom de Dieu soit sanctifié et que son Règne vienne. En d'autres mots, il invite Dieu son Père à manifester toute sa puissance et toute sa gloire pour que le monde des pauvres, des affligés et des affamés trouvent le vrai bonheur. Le silence de Jésus fait surgir une parole forte, une parole qui ouvre, une parole qui féconde.

Et vous, frères et sœurs, vous qui désirez apporter un nouveau souffle dans votre vie et dans vos communautés chrétiennes, porteurs d'un projet pastoral, je vous invite à rejoindre d'abord votre cœur, votre vie intérieure, pour construire au plus profond de vous-mêmes, un sanctuaire intérieur. Pour cela, je vous propose aujourd'hui un premier palier, un sol de silence, dans votre sanctuaire intérieur. Apprenez le silence intérieur. Demain, nous poserons un tapis, une moquette sur ce sol silencieux de votre sanctuaire intérieur.

Voici quelques chemins qui pourront vous aider à faire silence en vos vies, à construire quelque chose de solide en vos cœurs, pour vous rendre disponible à édifier le Royaume de Dieu, pour devenir ensemble des communautés qui rayonnent l'Evangile.

Apprenez le silence du respect devant la parole de l'autre ;
Apprenez le silence que l'on choisit et qui devient le silence de l'amitié et de l'amour, où le langage non verbale permet au silence de devenir parole ;
Apprenez le silence de la présence et de la plénitude, lorsqu'on est bien ensemble et que cela suffit ;
Apprenez le silence qui est écoute amoureuse, attentive, contemplative, recueillie ;
Apprenez le silence d'une brise légère, qui se fait voix ténue comme pour Elie sur le mont Horeb ;
Et puis, apprenez le silence intérieur, qui habite le cœur de chacun et qui fait place aux autres et à Dieu.
Et pourquoi pas, instituer chaque jour 10 minutes de silence en famille.
Si chaque jour, vous expérimentez la route du silence, si chaque jour, vous établissez un sol de silence dans votre sanctuaire intérieur, il y a de forte chance que vous deveniez disponibles à Dieu et aux autres.


Mardi : Le tapis de la méditation Isaïe 55, 6-11 + Luc 10,38-42

Si, hier, j'ai évoqué l'importance de construire un sol de silence pour édifier en nous-mêmes un sanctuaire intérieur, je vous invite aujourd'hui à poser sur ce sol, un tapis, une moquette, le tapis de la méditation. Et pour vous aider à poser ce tapis, je désire explorer les profondeurs de spiritualité que l'on peut trouver dans la tradition chrétienne.

Comme je le disais hier, créer en soi un sol de silence, c'est se rendre disponible à l'écoute de Dieu, c'est donc créer en soi une attitude favorable pour rencontrer Dieu qui me cherche et que je cherche. Dire « tu » à Dieu, c'est parler à Dieu comme je parle à un parent ou à un ami, c'est tourner mon cœur et mon esprit vers Dieu. C'est mettre en place une attitude de relation personnelle avec Dieu parce que je désire m'entretenir avec lui.

Cette attitude d'écoute, ce regard tourné vers Dieu peut se vivre partout. A la maison, au travail, en promenade, en voiture. A tout moment, je peux laisser jaillir ma prière qui peut être un cri, une louange, une reconnaissance. Cette prière qui jaillit spontanément de mon cœur est l'expression d'une communion avec Dieu. Une communion permanente qui se vit dans le silence du cœur.

Saint Benoît, dans sa Règle, invite le moine à prier continuellement, tout en précisant que la prière la meilleure c'est une prière brève. Que veut-il dire par là ?

La tradition monastique propose deux voies pour nous aider à vivre ces moments de communion avec Dieu : d'une part, la méditation, par la répétition d'une phrase ; d'autre part, la Lectio divina, une lecture lente des Ecritures saintes.

La méditation, caractérisée par la répétition d'une phrase, c'était un peu comme le sanctuaire intérieur portable et mobile des Pères du désert. Quand ils étaient assis en silence, la méditation gardait leurs distractions à l'écart, et quand ils travaillaient, la méditation leur permettait de transmuer leur travail en prière.

Une des phrases favorites de ces premiers moines était : « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours ». Voilà une prière toute simple, tirée d'un psaume, qui balançait leur journée. Elle peut être dite indéfiniment, intérieurement et individuellement jusqu'au moment où ils viennent la dire ensemble quand ils se rassemblent à l'église pour la prière commune.

Faites-en vous-mêmes l'expérience. Si, le dimanche, à l'Eucharistie, vous captez une phrase des Ecritures qui vous parle, emportez-là avec vous, répétez-là souvent dans la journée. Elle deviendra comme une musique intérieure qui vous permettra de sortir de vous-mêmes et d'écarter les bruits de votre tête. Vous verrez alors que la répétition d'une telle phrase fera peu à peu son entrée dans votre cœur, au point qu'elle irriguera toute votre journée et transformera votre perception de la vie.

Vous pouvez aussi reprendre l'une ou l'autre phrase de la Prière du Notre Père ou, ce qu'on appelle dans l'Eglise orthodoxe, la Prière de Jésus : « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi, pécheur ».

La méditation chrétienne, c'est murmurer une phrase des Ecritures, dans un climat de silence intérieur, pour vivre une communion spontanée et permanente avec Dieu.

Néanmoins, pour saint Benoît, habiter le silence et méditer de façon créative passe par la lecture. Lire les Ecritures saintes pour nourrir la prière. Mais attention, il ne s'agit pas ici d'une lecture rapide ou lente, pour extraire des informations ou pour savourer l'émotion. Il s'agit ici de prendre un passage des Ecritures saintes et de le lire avec l'intime conviction que Dieu veut me dire quelque chose de très personnel à travers ce texte. Dans la prière, je dis « tu » à Dieu. Dans la lecture, c'est Dieu qui me dit « Tu ». A mesure que je laisse Dieu me parler, je me sens porté à lui parler en retour.

Le texte que j'ai sous les yeux, ma Bible ouverte entre mes mains, c'est un cadeau à accueillir. C'est quelqu'un qui vient à moi pour me parler, pour entrer dans ma vie, pour faire de ma vie quelque chose de neuf. Il y vient à travers des récits, des prières, des informations, de l'histoire, des genres littéraires très différents.

Comme le dit le prophète Isaïe, « vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas mes voies ». lire lentement les Ecritures, c'est laisser résonner en moi la Parole de Dieu, c'est accueillir les pensées et les voies de Dieu. C'est en quelque sorte, se laisser façonner par la Parole de Dieu.

« De même que la pluie et la neige descendent des deux et n'y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet », dit encore le prophète Isaïe.

Que fait Marie alors que sa sœur Marthe s'adonne aux activités du ménage ? Dans le silence, elle goûte la Parole de son Seigneur, elle la murmure, elle la médite, elle la répète en son cœur, elle l'accueille pour en faire une prière qui habite toute sa vie. Marthe traduit son écoute amicale et fraternelle de Jésus en situation de service. Il n'y a pas d'opposition entre l'une et l'autre. L'une et l'autre écoute le Seigneur, cueille sa Parole. Marie laisse surgir la Parole en son cœur pour la contempler. Marthe laisse surgir la Parole en son cœur pour la traduire en service.

Nous avons tous besoin d'un sol de silence pour construire chacun son sanctuaire intérieur. Nous avons tous besoin de revêtir ce sol d'un tapis de méditation, d'intériorité, de prière pour écouter la Parole de Dieu et la laisser résonner en nous. Elle nourrira ainsi notre vie en devenant comme un murmure au fond de notre cœur.

Je termine avec cette belle parole d'un chartreux : « J'aimerais dire que la lecture porte la nourriture substantielle à la bouche, que la méditation la triture et la mâche, que la prière la goûte, et que la contemplation est la douceur même qui réjouit et refait ».

Frères et sœurs, installez un sol de silence dans vos vies, couvrez-le d'un tapis, celui de l'écoute pour permettre à la Parole de Dieu d'entrer dans tous les recoins de vos vies.
Ainsi, vous vous réjouirez de sa présence. Petit à petit, en communion les uns avec les autres, vous édifierez en vous-mêmes un sanctuaire intérieur. Et plus ce sanctuaire sera vivant, plus vos communautés rayonneront de l'Evangile.


Mercredi : L'échelle de l'amour Osée 2,16-22 + Jean 17, 21-26

Réaliser un projet pastoral, redonner vie aux communautés chrétiennes, proposer un chemin d'espérance à tout homme, façonner un nouveau visage de la société, ne peut se faire que dans la mesure où chacun effectue un pèlerinage vers soi-même.
A l'exemple d'Abraham qui est invité par Dieu à visiter son moi profond avant de tout quitter pour partir vers d'autres deux, je vous invite, vous aussi, à prendre le temps de construire votre sanctuaire intérieur, d'effectuer un pèlerinage en vous-mêmes.
Pour cela, je vous ai proposé dans un premier temps d'ouvrir en vous-mêmes la route du silence pour laisser résonner en vous le souffle d'une brise légère. Puis, je vous ai proposé de poser sur cette route, le tapis de la méditation, de la prière, de la contemplation. Aujourd'hui, je vous invite à grimper sur l'échelle de l'amour.
 

Parler de l'amour, c'est parler de liberté, et parler de liberté, c'est parler d'obéissance. Mais pour vivre une bonne obéissance, il faut d'abord savoir à quoi l'on choisit d'obéir. En second lieu, on doit choisir ce qui ouvre sur des futurs possibles, non ce qui enferme et asservit. Une question se pose. Y a-t-il des moyens qui permettent de choisir librement ce qui va accroître sa liberté future ? Ce qui peut ouvrir votre avenir ?
 

La réponse de Saint Benoît dans sa Règle est aussi simple qu'elle est exigeante : écouter. Pour obéir, écouter. Pour choisir, écouter. Pour aimer, écouter. Ecouter, écouter Dieu, écouter l'autre, écouter son cœur, c'est le premier échelon de l'amour.
En latin, « obéissance » veut dire non seulement « obéir », mais aussi écouter. Le mot obéissance porte en lui l'image de l'oreille attentive qui se penche vers quelqu'un, attentive, désireuse d'entendre ce que l'autre dit. Le premier échelon de l'amour, c'est celui de l'écoute qui va me conduire sur l'échelon du choix, lequel me conduira sur celui de l'obéissance. Aimer, c'est écouter, choisir et obéir. Et obéir, c'est adhérer au message de la personne que j'écoute. Non pas se soumettre, mais adhérer.
 

Dans la Bible, il y a des pages merveilleuses sur l'expérience de l'écoute. Souvenez-vous du jeune Salomon appelé à succéder à son père David comme roi de Juda. Avant de commencer son règne par un acte de culte à Dieu, il se rend à Gabaon pour offrir un sacrifice. Mais la nuit précédente, il fait un rêve. Son Seigneur lui apparaît et déclare : « Demande ! Que puis-je te donner ? » Cette offre est fabuleuse. Salomon pourrait exiger beaucoup : un grand royaume, la soumission de tous ces ennemis, la victoire à la guerre. En revanche, il demande : « un cœur qui écoute ». Salomon souhaite recevoir de Dieu un cœur capable d'écouter. Salomon demande en somme que toute sa personne soit animée par la capacité d'écouter.
 

Il est un autre épisode biblique éloquent à ce propos : Samuel, un enfant, dort dans le sanctuaire. Dans son sommeil, une voix l'appelle. Il va alors vers le vieux prêtre Eli pour lui demander ce qu'il veut : « Je ne t'ai pas appelé », réplique celui-ci. Samuel retourne se coucher, mais on l'appelle de nouveau. Et ainsi une troisième fois, Eli, ayant compris que l'appel venait de Dieu, lui conseille : « Si on t'appelle encore, tu diras : « Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute ». Voilà l'authentique écoute de Dieu, dont la voix est si difficile à déceler. Or, dans notre tradition chrétienne, nous nous croyons autorisés à dire : « Ecoute, Seigneur, ton serviteur te parle ! » Nous avons tant à lui dire que nous ne le laissons pas même parler. Laisser l'autre parler !
 

Au temps du prophète Osée, face à l'infidélité du peuple de Dieu, Dieu s'adresse au prophète. Il l'invite à écouter son cœur. Dieu lui demande d'écouter sa voix chaleureuse. « Ecoute. Je vais séduire la prostituée, sous-entendue, le peuple infidèle. Je vais la conduire au désert, dans ce lieu où je pourrai lui parler au cœur. Je vais parler à son cœur, malgré son infidélité, malgré son refus de l'alliance, je vais la séduire pour lui redonner toute sa dignité ». Osée écoute, il reçoit cette parole en son cœur pour la transmettre au peuple, pour l'inviter à son tour à écouter l'appel de Dieu.
 

On le voit bien, dans toute la tradition biblique, Dieu ne cesse de parler, Dieu ne cesse d'appeler, Dieu ne cesse de nous inviter à l'écouter, à recevoir ses paroles d'amour. Ecouter, c'est l'attitude authentique de tout homme qui cherche Dieu.
 

Ecouter la voix de Dieu, tel que nous le révèle l'évangile de Jean, c'est entrer dans la connaissance de la vérité. La vérité, c'est l'amour que Dieu porte à chacun. Faire la vérité, c'est entrer dans ce qui constitue le secret de Dieu : son amour. Entrer dans l'amour de Dieu, c'est entrer dans ce qui constitue le noyau, la source, le centre, le cœur de la vie de Dieu.
 

Voilà ce que je veux souligner en vous invitant à grimper les échelons de l'amour. Tout d'abord, l'écoute qui est de loin le don le plus grand qu'il vous faut quémander à Dieu. L'écoute devrait vous habiter tous les jours, à tout instant, comme le silence, pour que résonne en vous la voix de Dieu qui parle en vos cœurs. Avant d'être défini par sa foi, sa prière ou ses œuvres, le croyant est un auditeur qui s'exerce à l'art de l'écoute. Elle est le premier rapport qui le lie à Dieu.
 

La route du silence est parsemée d'écoute. Le tapis de la méditation vous pose en attitude d'écoute. Et l'écoute de la voix de Dieu qui parle dans les Ecritures, dans le témoignage des hommes, vous conduit à choisir la vie que Dieu vous offre. Dès lors, vous pourrez grandir en amour les uns pour les autres.
 

Plus vous construirez votre vie sur le silence, sur la méditation, sur l'écoute, plus votre sanctuaire intérieur deviendra le reflet d'une vie construite sur l'amour de Dieu.
 

Alors, vous pourrez proclamer et chanter qu'il vaut la peine d'entrer dans le chantier de l'obéissance, de l'adhésion à Dieu. Alors vous deviendrez pleinement libre, capables de changement, capables de choix ouverts sur l'avenir. Vous deviendrez d'authentiques agents de communion, des artisans de paix et de justice pour faire de la société un espace nouveau d'hommes libres et heureux.
 

Croyez-moi, c'est en vous exerçant patiemment au silence, à la méditation, à l'écoute que vous parviendrez à grandir dans une vie qui fera de vous les témoins de l'amour de Dieu pour tout homme. Vous deviendrez ce sanctuaire intérieur en qui tout homme pourra découvrir le visage de Dieu.
 

L'échelle de l'amour ? Commence par faire silence, pose le tapis de la méditation, puis, écoute pour accueillir la voix aimante de Dieu. Ainsi, ton sanctuaire intérieur deviendra un foyer habité par l'amour de Dieu.


Vendredi : Les fenêtres de la communauté. Deutéronome 22,1-4 + Matthieu 18,15-22

Durant cette semaine de pèlerinage, je vous propose de construire votre sanctuaire intérieur, pour devenir artisans d'un nouveau projet pastoral, artisans d'une Eglise capable de choix et de sens, d'une Eglise engagée pour une société plus humaine.
Pour construire ce sanctuaire intérieur, je vous ai proposé jusqu'à présent, de constituer un sol de silence et un tapis de méditation. Puis, nous avons élevé les murs de l'écoute et de l'obéissance pour vous permettre de fuir le bruit et de développer votre capacité d'écouter Dieu. Ensuite, nous avons gravi l'échelle de l'amour pour construire un toit sur ces murs. Ce toit, c'est l'amour parfait possible. Mais comment cet amour est-il possible ?
Les murs solides de l'écoute et de l'obéissance à la Parole de Dieu ont besoin de fenêtres. Les fenêtres de la communauté pour faire de votre sanctuaire intérieur un lieu lumineux et accueillant. Quelles sont ces fenêtres ?
Il faut dire, tout d'abord, qu'on met toutes sortes de choses sous le mot communauté. On utilise souvent le mot communauté pour exprimer des réalités qui ne reflètent pas vraiment ce qu'est une communauté, qu'elle soit locale, paroissiale, monastique ou autre.
Ainsi, on va parler de « la communauté de la petite reine » pour évoquer des gens qui roulent en bicyclette. On va parler « d'une communauté intelligente » qui rassemblent des espions et leurs commanditaires. On va parler de « la communauté noire » pour évoquer une même origine ethnique. On va parler « d'une communauté locale » pour évoquer les habitants d'un quartier. Mais en quoi ces différents facteurs font-ils de chacun de ces groupes une communauté ?
Ce qui caractérise humainement une communauté c'est l'intention que chacun porte de nouer des relations avec un groupe ayant un intérêt commun. Tant que je n'ai rien fait pour rencontrer quelqu'un, je ne peux pas dire que je suis membre d'une communauté.
Ici encore, nos sociétés modernes, et l'Eglise également, ont beaucoup à apprendre de la tradition monastique. En effet, quant un moine prononce ses vœux, il prononce ceux que Benoît mentionne dans sa Règle, à savoir, l'obéissance, la stabilité et un troisième, difficile à traduire, la « conversatio morum », qui n'est pas la conversion, mais bien la conversation.
Il s'agit de s'engager à vivre avec quelqu'un, ce qui sous-entend, l'engagement de parler avec quelqu'un. Le vœu du moine bénédictin consiste donc en une ferme résolution de vivre avec d'autres. Les bénédictins promettent donc d'obéir avec d'autres, d'être stables avec d'autres, et de vivre avec d'autres. Ceci est vital pour construire une vie spirituelle, un sanctuaire intérieur.
Outre le silence, outre l'écoute de la Parole de Dieu, la méditation, la manducation de cette Parole ; outre l'accueil et l'obéissance de cette Parole reçue dans les Ecritures ; outre l'amour qui unit les uns et les autres dans un projet commun ; le seul fait de parler avec d'autres, d'échanger et de partager est vital pour toute vie de communauté.
Si une communauté n'implique pas nécessairement de vivre ensemble, le dialogue entre les personnes est fondamental. Dialoguer pour se comprendre, dialoguer pour s'estimer, dialoguer pour chercher, dialoguer pour apprendre des autres, dialoguer pour aimer.
Il est un autre élément que les chrétiens peuvent apprendre de la vie monastique pour susciter des communautés de foi, pour renouveler le visage de l'Eglise. Benoît veut une communauté où les gens puissent exprimer leur individualité plutôt que leur individualisme. L'individualisme revient à faire ce que l'on veut comme on veut, sans tenir compte des autres. L'individualité, elle, implique que l'on apporte sa pierre à la vie de la communauté, même si cela ne plaît pas à tous et occasionne des critiques. Pour Benoît, tout le monde, même les plus jeunes, doit être incité à apporter sa contribution.
Ainsi, dans toute communauté chrétienne, chacun met en commun ses idées, ses dons, ses talents, ses capacités, son expérience, dans un esprit de dialogue, de conversation réciproque, d'apports mutuels. C'est la capacité d'écoute des uns et des autres qui permettra à ces individualités de porter du fruit, de devenir témoin d'un esprit commun et d'une volonté de construire ensemble un projet.
Dans ton sanctuaire intérieur, n'oublie pas d'ouvrir la fenêtre. Ouvrir la fenêtre c'est créer un espace de rencontre, d'échange, de partage. L'autre, dehors, me partage son expérience, son désir, sa demande, son questionnement. Et moi, à l'intérieur, je lui transmet ce qui m'anime, je lui partage mon cœur, mon esprit, mon sourire, ma foi, ma confiance, pour lui permettre, à l'autre qui est dehors, de poursuivre sa route avec espérance. Je reçois de lui et je lui donne, et chacun repart avec le sourire.
Si tu gardes ta fenêtre fermée trop longtemps, tu vas étouffer, tu te renfermes sur toi, tu ne reçois plus rien de l'autre. L'air est vicié. Tu risques donc de ne plus voir que toi et de devenir un pur individualiste au détriment de ta propre individualité.
Oui, parfois, c'est nécessaire de fermer la fenêtre pour trouver le silence et fuir ce qui peut te troubler. Néanmoins, ouvrir sa fenêtre sur le monde, sur les autres, est vital.
Mais celui sur qui tu auras surtout à ouvrir ta fenêtre, c'est le pauvre, le faible, l'affamé, l'affligé. A l'image du Père et du Christ, ouvrir ta fenêtre sur le pauvre c'est manifester beaucoup d'amour à l'égard de celui qui passe. Sois miséricordieux, voit la misère qui passe devant ta fenêtre, manifeste du cœur, de la tendresse. Passe une bonne parole, tends la main, invite à entrer. Quand tu ouvres ta fenêtre et que passe le pauvre, c'est le Christ qui passe.
Il ne s'agit pas ici de copier saint Benoît et la forme de vie qu'il propose. Sans vouloir le copier, nous pouvons trouver une manière de l'exprimer qui nous soit propre. L'important c'est de maintenir la fenêtre ouverte pour accueillir les pauvres qui cherchent un havre et un refuge. Je pense en particulier à ceux qui migrent pour des raisons économiques, et qui sont attirés par nos richesses. Il s'agit de voir que les pauvres cherchent un sanctuaire économique à l'intérieur d'un système économique mondial qui les maintient dans un état d'occupation extrême.

Avoir sa fenêtre ouverte sur ces réalités, laisser vivre un cœur qui, comme le Christ, voit la misère de son peuple, c'est rester ouvert sur les réalités du monde.
Voilà les fenêtres dont nous avons besoin pour construire notre sanctuaire intérieur, pour laisser entrer la lumière de la présence des autres.
Rien ne vous empêche d'ouvrir la porte du sanctuaire, la porte de votre cœur pour les inviter à entrer. Si votre sanctuaire n'avait pas ces fenêtres, il serait un endroit sombre et morose.
Donc, comme tout bon architecte et tout bon maçon, il faut équilibrer solidité des murs et besoin en ouvertures. Les murs solides de l'écoute et de l'adhésion à la Parole de Dieu ont besoin des fenêtres de la communauté pour faire de notre sanctuaire un lieu lumineux et accueillant.
Un sol de silence ; un tapis pour la méditation, la prière ; des murs pour consolider l'écoute et l'obéissance à la Parole de Dieu ; des fenêtres tantôt fermées tantôt ouvertes pour créer un espace communautaire ; le toit de l'amour pour donner de la vie et susciter l'espérance, voilà les éléments qui vont te permettre de créer ton sanctuaire intérieur. Un sanctuaire qui te permettra de rayonner la présence du Christ en toi.
Surtout, ne ferme pas la porte de ton sanctuaire. On t'attend dehors.


Samedi : Une école d'espérance et de paix Galates 5, 22-25 + Jean 4, 7-15

Votre sanctuaire intérieur s'achève bientôt. Il est composé de tous les éléments nécessaires pour vivre sereinement et dignement votre vocation chrétienne.
Avec le silence comme arrière fond, avec le tapis de la méditation, de la rumination de la Parole de Dieu, avec l'écoute et l'obéissance à Dieu, avec la communauté et ses fenêtres, ouvertes par moment mais aussi fermées parfois, avec l'Esprit de Dieu qui anime le tout, il vous manque encore une chose pour y vivre heureux : dans votre sanctuaire intérieur, il y a place pour un autel. Pourquoi un autel ?
Nous avons commencé cette semaine de pèlerinage en prenant conscience de l'importance de construire en soi-même un sanctuaire intérieur, un lieu vivant de recherche de Dieu, un espace de sérénité et de paix. Un pèlerinage vers soi-même pour y trouver la source, la vie, le Christ. Cet espace intérieur bien construit devient alors le rocher solide, la base, le fondement qui vous permet de rayonner et de bâtir une communauté d'Eglise. Une Eglise au service de l'homme et de la société toute entière.
Dans la liturgie chrétienne, l'autel symbolise la présence du Christ, le Christ qui rassemble, le Christ qui parle, le Christ qui nourrit, le Christ qui nous entraîne dans l'action de grâce, dans le don de soi, dans l'offrande de soi. Le Christ est le centre, la source, la fontaine. Le Christ est l'envoyé de Dieu pour nourrir les pauvres et les affamés, pour donner à boire aux affligés. Le Christ qui ouvre les portes du Royaume. Le Christ qui nous transforme petit à petit à son image. Oui, l'autel, c'est un lieu vivant, c'est le lieu par excellence où l'on apprend l'amour, la paix, la justice, le pardon, la vérité. L'autel n'est pas qu'un meuble, l'autel c'est quelqu'un. Et l'autel fait penser à la croix, le lieu du don de soi, de la vie donnée, d'une vie qui se fait servante, main tendue, ciel ouvert.
Dans ta liturgie personnelle, dans ta vie de prière, dans ta vie de relation profonde avec Dieu, tu as besoin d'un autel, d'un centre vital qui te fera vivre au rythme de Dieu, d'une source à laquelle tu iras boire. Aie soin de cet autel en ton sanctuaire intérieur.
N'est-ce pas ce que nous révèle le narrateur de cette page de l'évangile que nous venons d'entendre ? Jésus traverse la Samarie parce que c'est le chemin le plus court pour rentrer chez lui en Galilée. Pendant que les disciples s'en vont chercher à manger, Jésus se pose près d'un puit, pour souffler et prier un peu. Arrive une femme à l'heure où on ne met pas un âne dehors. Elle vient seule. Jésus aurait dû se méfier et prendre quelque distance. Mais rien ni personne n'est pour lui à distance. Il est la proximité incarnée. « Donne-moi à boire ! » lui dit-il. Mais Jésus ne s'arrête pas à la réaction de la femme. Au-delà de cette eau dont il a vraiment soif, il pense à tout ce que cette eau symbolise, la vie, la vraie, dont Dieu est la source et dont cette femme n'a peut-être même pas idée.
Dans un dialogue saisissant, Jésus conduit cette femme là où elle ne voulait sans doute pas aller. Il l'interroge sur l'essentiel : quelle est ma faim, quelle est ma soif, qu'est-ce qui me faut vivre ? Répondant sans se dérober à la confiance qu'elle perçoit en Jésus, la femme, dont on ne sait toujours pas le nom, laisse percevoir la blessure qui est au cœur de sa vie. Quelle insatisfaction permanente, quelle misère dans cet apparent trop-plein, quelle soif d'amour impossible à combler. Elle a sacrement soif cette femme de Samarie. Mais elle ignore encore qui pourra la combler. Bien plus tard, une autre femme, au tempérament de feu, répondra : « Solo Dios basta ! » « Dieu seul suffit, à lui seul Dieu suffit ».
Dans la Bible, toute l'histoire de la première alliance n'est que la longue pérégrination du peuple de Dieu de point d'eau en point d'eau. Soif de l'eau pour la gorge qui se dessèche et la langue qui colle au palais, bien sûr, mais, au-delà, source de l'eau vive, soif de la source elle-même, soif de Dieu.
Cette soif en elle-même est déjà un don de Dieu. Ce désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme créé à l'image de Dieu, empreinte en creux de celui par qui et pour qui il est fait.
La soif de Dieu est en lui originelle, même s'il peut lui arriver par la suite de la perdre complètement, comme une source qu'on laisse s'ensabler.
Retrouver le goût de Dieu est un don du saint Esprit : c'est la sagesse, la saveur, la sapidité : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur », chante le psalmiste. De tout jeunes enfants manifestent comme spontanément ce goût de Dieu, dans une capacité d'émerveillement ou dans des mots qui sont des trouvailles.
Dieu étant Dieu, sans limite, cette soif a cette particularité que rien ne peut l'apaiser, bien au contraire : un peu comme dans l'amour humain, la rencontre ne fait qu'attiser le désir de la rencontre. On peut même penser que la vision de Dieu, dans la vie éternelle, loin d'être une sorte de saturation, est une exaltation du désir de communion : Dieu lui-même se fait alors soif désaltérante et communion assoiffante.
Toute la vie et la mission de Jésus, en définitive, ne se résument-elles pas dans l'une de ses dernières paroles recueillies par Jean au pied de la croix : « J'ai soif ». A travers cette terrible soif humaine, et là encore, comme au puits de Jacob, Jésus ne simule pas, Jésus vit jusqu'au bout ce désir de Dieu qui a soif de l'homme. Comme il avait soif de la soif de la femme de Samarie, Jésus a soif du désir de l'humanité, qu'il est venu susciter.
Dans ton sanctuaire intérieur, l'autel est le centre vital, c'est le lieu où tu pourras étancher ta soif et rencontrer la soif de Celui qui t'aime et t'anime. C'est le lieu de la rencontre avec l'eau la plus pure, la plus désaltérante, parce que là, sur ton autel intérieur, elle coule à flot.
Un peu de silence pour écouter l'eau qui coule en toi, l'Esprit de paix et de justice, l'Esprit de joie et de serviabilité.
Un peu d'écoute pour entendre la brise légère qui souffle à ton oreille. Un peu de murmure pour goûter cette eau fraîche. Un peu d'obéissance pour adhérer à son amour.
Alors, autour de ton autel, autour de cette source vivifiante, ton sanctuaire intérieur deviendra une école d'espérance et de paix pour tout homme qui cherche Dieu, qui cherche un sens à sa vie.
Habite ton sanctuaire intérieur, ou plutôt, laisse venir en toi celui qui veut désaltérer ta soif d'aimer. Rejoins l'autel qui est au cœur de ton sanctuaire, rejoins le Christ qui t'appelle, qui t'habite, qui t'anime et qui te rend toute ta dignité d'homme et de femme.
C'est alors que ton sanctuaire intérieur deviendra un espace de rencontre, une source qui te donnera d'offrir à tout un chacun l'eau pure dont il a besoin. Tu rayonneras le souffle de Dieu, tu communiqueras ce qui est vivant en toi, tu donneras de l'espérance et tu deviendras la lettre que le Christ adresse à chacun.


Dimanche : Célébration de clôture — Maintenant... prends ta vie en main. Luc 4,16-30

Toute une semaine pour construire un sanctuaire. Et pas n'importe quel sanctuaire. Un sanctuaire intérieur. Au niveau du cœur. Là où Dieu nous parle et nous attend pour y faire sa demeure.
Toute une semaine pour découvrir ce qui habite ce sanctuaire et en faire un lieu vivant : le silence comme toile de fond, l'écoute de la Parole de Dieu comme lieu de vérité, la rumination de cette Parole comme espace d'intériorisation, l'échelle de l'amour pour donner sens à mon être, l'espace communautaire avec des fenêtres tantôt ouvertes pour rejoindre les pauvres et tantôt fermées pour fuir les bruits qui me dispersent, un autel, une pierre, un roc, une source jaillissante d'eau vive au centre, tout cela pour créer en moi une école d'espérance et de paix, un sanctuaire vivant de la présence du Christ.
Toute une semaine de pèlerinage vers soi-même pour y trouver Celui qui aujourd'hui nous dit au plus profond de nous-mêmes : « Et maintenant, va, avec la richesse qui tTiabite, va, prends ta vie en main, rejoins les hommes, rejoins les espaces humains là où les hommes souffrent, peinent ; là où les hommes se rencontrent, dialoguent, partagent ; là où les hommes se réjouissent et font la fête. Va ».
Lui aussi, Jésus, est partit, un jour, sur les routes humaines pour y rencontrer les pauvres, les affamés, les assoiffés, les malades, les exclus, les aveugles, les boiteux de toutes sortes. Jésus a passé sa vie avec les hommes.
Retournant de temps en temps dans son sanctuaire intérieur, pour la prière, pour l'écoute de la Parole de son Père, pour trouver le silence intérieur, pour fuir les bruits du succès, Jésus repartait sur toutes les collines de Palestine, au-delà même, chez les non-juifs, chez les non-croyants, pour inviter à la conversion, pour guérir, pour sauver, pour semer la vie et l'espérance.
Le narrateur de la page d'Évangile que nous venons d'écouter nous met en contact avec plusieurs catégories de personnes. Les disciples, les gens du village de Nazareth, et quelques malades. C'est le jour du sabbat. Tout un monde que Jésus connaît bien.
Le narrateur nous dit que les disciples suivent Jésus. Ils le suivent depuis quelque temps déjà. Ils le connaissent. Ils l'ont voulu agir et ils l'ont entendu parler. Le suivre ce n'est pas neutre.
Par contre, le narrateur nous dit que les gens de Nazareth, rassemblés dans la synagogue pour la prière, sont étonnés de ces propos. Pourtant, ils le connaissent bien. Il est du village. Les gens s'étonnent de sa sagesse et des actes de puissances qui adviennent par ses mains, puisqu'il guérit des malades. D'où lui vient cette sagesse, cette puissance? Par cette question, ils suggèrent que ses paroles et ses gestes viennent d'en haut, mais ils ne peuvent l'admettre et se scandalises à leur propos.
Jésus, lui, s'étonne aussi. Il s'étonne de leur fermeture a priori, de leur clôture dans ce qu'ils savent de lui sans laisser une ouverture au « mystère » que ses paroles et ses gestes révèlent. Ici, face aux disciples qui le suivent, Jésus dévoile leur manque de foi. Leur rigidité du cœur est obstacle à son œuvre de vie.
L'intention du narrateur est claire. Il met les disciples de Jésus en relation avec des hommes et des femmes qui ne croient pas, qui sont fermés à toute nouveauté, à toute ouverture. Des gens qui ne percent pas la nouveauté Jésus.
Lors de la tempête apaisée, c'était le peu de foi des disciples qui était mis en relief, mais, au moins, ils restaient ouverts.
Jaïre, tout comme la femme au flux de sang, sont en attente du geste de puissance que Jésus peut faire pour eux.
Rester ouvert, être en attente, le narrateur appelle cela de la foi. Alors que les proches de Jésus sont fermés et se refusent à l'inattendu qui advient par lui, le narrateur appelle cela ne pas croire.
Il y a ceux qui suivent Jésus, il y a ceux qui se questionnent et qui sont en attente, il y a ceux qui restent fermés.
Je trouve que cet enchaînement est très éclairant. En écoutant ce récit, on a tout de même l'impression, quelque part, d'y être. Dans le contexte culturel critique qui est le nôtre, il est tout à fait légitime de se poser des questions sur Jésus, sur la vérité de ce que l'Évangile nous dit de lui.
Néanmoins, cette séquence invite à rester ouvert, tout en dénonçant cette attitude d'enfermement a priori, le refus de l'inattendu qui surprend et dérange, déroute même parfois.
N'êtes-vous pas de ceux qui suivent Jésus et qui tout à la fois, se mettent à douter, à chercher, à désirer comprendre? D'où l'importance de construire en soi-même un sanctuaire intérieur, un espace de silence et de méditation, une qualité d'écoute qui va engendrer des gestes d'amour, d'espérance et de confiance.
N'êtes-vous pas de ceux qui parfois ne savent pas trop comment dire les choses de la foi, comment parler de ce feu qu'est la personne du Christ ? D'où l'importance de la dimension communautaire d'une vie chrétienne. La nécessité même de partager, de chercher ensemble, d'écouter ensemble cette Parole de Dieu qui engendre des hommes nouveaux.
N'êtes-vous pas de ceux qui côtoient chaque jour des hommes, des femmes, des jeunes, dans des milieux de vie si divers, dans des espaces humains si dures, si pénibles? D'où l'importance pour ceux qui suivent Jésus, de Le suivre là où II va, chez les pauvres, les affamés, les affligés.
N'êtes-vous de ceux qui aimés vous retrouver en chrétiens pour fêter, pour célébrer, pour se réjouir, pour rendre grâce ensemble ? D'où l'urgence de célébrer dans la joie, dans l'enthousiasme, dans la vérité d'une foi partagée.
Au terme de ce pèlerinage vers soi-même, vous voilà habités par une Présence toute intérieure, par une source, par un rocher, par le Christ. Il vous attend maintenant pour rayonner ce que vous êtes devenus. Il vous attend dans tous les milieux de vie qui caractérisent votre société. Il vous attend sur les chantiers de la culture, de l'économie, de la politique, de l'éducation. Il vous attend là pour rayonner Celui qui vous aime.