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Chapelle N-D du Vorbourg / CH-2800 Delémont (JU) / tél/fax + 41 032 422 21 41

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A. Quiquerez

 

CHAPELLE DU VORBOURG

par Auguste Quiquerez (1801-1882)


Né à Porrentruy en 1801, Auguste Quiquerez a habité le domaine de Bellerive dès l'âge de douze ans. Ce domaine se trouve entre le village de Soyhières et la ville de Delémont, dominé par la chapelle du Vorbourg. "Passionné surtout d'histoire et d'archéologie jurassienne, Auguste Quiquerez fut aussi romancier, dessinateur, héraldiste, géologue, naturaliste, agronome. Il est l'auteur d'une œuvre écrite gigantesque. Même si certains aujourd'hui le trouvent dépassé, il fut un précurseur en archéologie, en archéologie industrielle, en histoire des bâtiments, en ethnologie régionale. Il fut major dans l'armée, membre très actif de la Société jurassienne d'émulation, député au Grand Conseil bernois, préfet de Delémont, ingénieur des mines du Jura. Son libéralisme et son anti-cléricalisme lui coûtèrent bien des inimitiés. Homme du Jura parmi les plus éminents, il est décédé en 1882." ( Citation tirée d'un article de M. Jean-Louis Rais, ancien archiviste de la ville de Delémont, paru dans D'LEM info n° 121 p. 11).

"Quant à la chapelle du Vorbourg, jadis simple oratoire du château inférieur, on a dit qu'elle avait été consacrée, en 1049, par le pape Léon IX. Les archives de Delémont donnent la date de 1051, mais elles se trompent, parce que ce pape ne traversa notre contrée qu'à cette première date, lorsqu'il visita en même temps l'abbaye de Grandval. Il avait mis la chapelle sous le vocable de St-Imier. Cet oratoire dut subir toutes les catastrophes qu'éprouva le château qui la renfermait et qui occupait, comme on l'a dit, toutes les terrasses actuellement converties en jardins. Les nombreuses inféodations des manoirs en ruines et de leurs dépendances, du XIVe au XVIe siècle, ne font aucune mention de la chapelle. Elle était cependant comprise dans le fief que possédaient les Hallwyl, fief que la ville de Delémont tenait à bail et qu'elle conserva à ce titre jusqu'à nos jours. Le conseil fit restaurer la chapelle en 1584, et le lundi de Pâques de la dite année, elle fut bénie de nouveau et mise sous l'invocation de St-mier, St-Othmar, St-Michel archange et de la Vierge Marie. Afin d'y attirer des offrandes, on obtint du pape des indulgences pour ceux qui visiteraient la chapelle chaque année à pareil jour. De là provient ce concours de pèlerins le lundi de Pâques, mais bien peu en connaissent le motif.
La restauration précitée ne dura guère, car déjà en 1615 il fallut fermer la chapelle aux chauves-souris, la débarrasser de vieux tableaux déchirés, en ôter une vieille armoire vermoulue, reblanchir ses murs verts de moisissure et y rétablir une image ou statue de la Ste-Vierge. Il est probable que ce fut alors qu'on fit la statue de bois qui existe encore, à moins qu'elle ne date d'une restauration postérieure, en 1669. Un acte de l'année 1600 appelle encore cette église chapelle de St-Imier; ce n'est que plus tard encore qu'on fit prédominer le nom de la Vierge Marie, en attribuant des miracles à la statue qui remplaça celle de Saint-Imier.
Depuis bien des siècles on enterrait les morts de la Seigneurie dans les terrains près du château inférieur, comme l'a prouvé le sarcophage en pierre découvert en 1776, sous le chemin, plus bas que la tour dite de Ste-Anne. Après la ruine de ce château, le cimetière s'étendit dans ses masures, mais le bétail allait y paître et il bouleversait les tombes. Ces faits indiquent que la chapelle était devenue la paroisse de la commune de Vorbourg et l'on verra celle-ci subsister encore plus tard. On ne trouve pas cependant qu'il y ait eu de curé ou desservant, et le magistrat de Delémont n'y établit des ermites qu'en 1688. Ce n'étaient point des ecclésiastiques, mais des individus revêtus d'une robe brune, pour leur donner un aspect plus vénérable. L'un d'eux, à la fin du siècle dernier, était si maigre et décharné qu'on l'appelait Tête-d'os. Ses prières avaient une certaine réputation et il en profitait pour  s'en faire un revenu. A cet effet, en hiver, à temps perdu, il récitait des rosaires, des chapelets, des Salve Regina, il faisait des neuvaines et emmagasinait d'autres oremus, qui étaient soigneusement enregistrés sur une table noire au moyen de signes particuliers tracés à la craie pour chaque catégorie de prières. Quand ensuite, dans la bonne saison, arrivaient les pèlerins, les pratiques en quête de ses oraisons, il n'avait plus qu'à tendre la main pour en recevoir la rétribution, puis il mouillait son doigt, effaçait un des traits sur la tabelle et l'affaire était faite. C'était à Dieu de s'informer de l'intention de celui qui payait, car Tête-d'os ne s'en occupait pas.- Nous tenons le fait de témoins oculaires et fort respectables et nous pourrions prouver, même par des actes judiciaires, que de nos jours pareilles choses se font journellement ailleurs.
La chapelle primitive paraît avoir été toute serrée contre le rocher, au pied de la tour Ste-Anne. Elle a ensuite éprouvé plusieurs accroissements vers l'orient et même entaillant le rocher. Le dernier eut lieu en 1719, lorsqu'on fit l'abside semi-circulaire. Cette date, qui se voit sur la fenêtre du nord, est cependant postérieure au marché conclu en 1704, avec un certain Monnot, de Porrentruy, pour sculpter l'autel qui fut ensuite doré.
Un tableau dans la chapelle représente la consécration de celle-ci par le pape Léon IX. Il a été peint en 1699. Un autre a été fait à l'occasion de l'incendie de Delémont, le 23 novembre 1671. Le plus ancien et le plus grand date de 1589. Nous en avons encore vu XVe siècle, et quelques-uns étaient attribués à l'école d'Holbein; mais les restaurateurs d'églises n'ont pas toujours la main heureuse: l'un d'eux a trouvé trop vieux ces vénérables tableaux et les a mis au rebut; un autre a fait barioler les autels collatéraux au lieu de leur conserver leur caractère primitif. Si nos après-venants devaient juger de l'art de la peinture d'après certains ex-votos modernes, tel que celui qui représente un missionnaire en train de raconter de faux miracles devant un auditoire ébahi, ils auront une petite idée des artistes en ex-voto de nos jours. Que serait-ce s'ils avaient entendu le sermon à miracles?" (Auguste Quiquerez, Chapelle du Vorbourg, Actes de la Société Jurassienne d'Emulation, 1871, pp. 65-68.) On appréciera d'autant plus l'article qui précède en sachant que ce notable de la vallée de Delémont avait été une des chevilles ouvrières de la tentative d'introduction du culte "Vieux-catholique" et qu'au moment de sa mort, il demanda expressément à un sien cousin fidèle à l'Eglise de Rome, de recevoir les derniers sacrements.

Dans sa description des bâtiments du château inférieur, occupé partiellement par la chapelle, il donne un curieuse description d'une marque dans un rocher se trouvant à proximité de celle-ci (p. 143) : "Empreinte dans le flanc du rocher, ressemblant à la forme en creux d'un homme couché dans le rocher. Une tradition dit qu'elle s'est produite sous la pression du pape Léon IX qui s'était posté là pour guetter le retour du diable chassé de la chapelle. Une autre estime au contraire que c'est la couche du diable, qui de là attendait le pape."

En relation avec le Vorbourg, il faut signaler un roman publié récemment par la société des amis du château de Soyhières: Auguste Quiquerez, La haine éteinte, ou histoire des Seigneurs de Sogern et de Vorbourg au XIIème siècle, éd. Société des amis du château de Soyhières 1995.

 


 

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