Instr. II - Tome I
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PRÉFACE QUI CONTIENT  LA RÈGLE QU'ON A  SUIVIE  DANS CES REMARQUES,  ET LE SUJET IMPORTANT  DES  INSTRUCTIONS  SUIVANTES.

 

SECONDE INSTRUCTION. SUR  LES  PASSAGES  PARTICULIERS  DU TRADUCTEUR.

SUR LE PREMIER TOME, QUI CONTIENT S. MATTHIEU, S. MARC ET S. LUC.

Ier ET IIe  PASSAGES. Saint Matthieu et saint Luc ensemble.

REMARQUE.

IIIe   PASSAGE,  ET REMARQUE.

IVe  PASSAGE,   ET  REMARQUE.

Ve  PASSAGE.

REMARQUE.

VIe   PASSAGE.

REMARQUE.

VIIe PASSAGE.

REMARQUE.

VIIIe PASSAGE.

REMARQUE.

IXe  PASSAGE.

REMARQUE.

Xe  PASSAGE.

REMARQUE.

S.   MARC   :  XIe  PASSAGE.

REMARQUE.

XIIe PASSAGE.

REMARQUE.

XIIIe  PASSAGE.

REMARQUE.

XIVe  PASSAGE.

REMARQUE.

S.   LUC :   XVe  PASSAGE.

REMARQUE.

XVIe  PASSAGE.

REMARQUE.

XVIIe  PASSAGE.

REMARQUE.

XVIIIe  PASSAGE.

REMARQUE.

XIXe  ET XXe   PASSAGES,   ET REMARQUE.

XXIe  PASSAGE.

REMARQUE.

XXIIe PASSAGE.

REMARQUE.

 

On continue avec l'espérance du secours divin, à examiner les passages particuliers où la version de Trévoux est digne d'être reprise. Il n'est pas croyable combien il s'en trouve où la foi est attaquée. S'il y en a qui ne soient pas de même importance, c'est que le dessein de ces Remarques est de faire sentir aux fidèles qu'il n'y a aucune parole sortie de la bouche de Jésus-Christ et dictée par son Esprit-Saint, qui ne doive être traitée avec révérence et religion, sans qu'il soit permis d'y altérer ou affaiblir un seul trait, et encore moins d'y mêler ses propres imaginations ; ce qui ne serait rien moins qu'une corruption et une dégradation du texte sacré.

L'intention n'est donc pas tant de reprendre les mauvaises traductions et explications dont on a déjà peut-être assez découvert les sources empoisonnées, que d'apprendre à ceux qui s'exercent dans la lecture des Livres sacrés, en profitant des chutes de l'auteur , à peser toutes les paroles de ces divins écrits, à consulter attentivement la tradition des Saints que l'Eglise nous a donnés pour interprètes, et « à croire enfin, comme dit saint Pierre, avant toutes choses, que de même que les saints hommes de Dieu n'ont point parlé par la volonté humaine, » ni par celle d'autrui, ni par la leur propre, « mais par le Saint-Esprit ; ainsi nulle prophétie de l'Ecriture, » nulle parole dictée par le mouvement de cet Esprit prophétique, « ne s'explique par une interprétation particulière (1) ; » de sorte qu'il ne faut rien prendre dans son propre

 

II Petr., I,20,2l.

 

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esprit, mais prendre celui des Pères, et suivre le sens que l'Eglise dès son origine et de tout temps a reçu par la tradition.

C'est de là qu'on puisera des principes inébranlables, dont il n'y aura qu'à suivre le fil par une théologie qui ne soit ni curieuse, ni contentieuse, mais sobre, droite , modeste, plutôt précise et exacte que subtile et raffinée ; et qui sans perdre jamais de vue la convenance de la foi, la suite des Ecritures et le langage des Pères, en quoi elle fait consister la véritable critique, craigne autant de laisser tomber la moindre partie de la lumière céleste, que de pénétrer plus avant qu'il n'appartient à des mortels.

Pour procéder avec ordre dans cette discussion, je n'ai rien trouvé de plus simple, ni de plus net que d'examiner passage à passage les endroits qui seront dignes de quelques remarques, selon que la lecture les présente, et d'écrire précisément sur chacun ce que décide la tradition et la saine théologie qui en est tirée. On s'apercevra aisément que faute de s'être attaché à cette règle, notre auteur qui n'a cherché qu'à se signaler par des nouveautés, est tombé dans les égarements dont on n'a pu voir encore qu'une partie dans l'Instruction précédente, et n'a jamais pu parvenir à l'explication saine et suffisante de la sublime nativité du Fils de Dieu, ni à l'intelligence des prophéties que les apôtres ont alléguées, ni à celle des caractères divins du Saint-Esprit marqués si clairement dans l'Evangile, ni à ces douces insinuations de la grâce qui fléchit les cœurs, qui les remplit et les meut dans l'intérieur : ce qui rend ses notes comme ses traductions sèches, sans onction et sans piété.                                                        Destitué de cet esprit de charité et de paix, il n'a songé dans ce dernier livre, non plus que dans ses critiques précédentes qu'à mettre aux mains les saints Pères les uns contre les autres, principalement sur la matière de la grâce et du libre arbitre : pernicieuse invention des derniers critiques, qui se joignent aux

 

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protestants par cet endroit-là, comme ils font par beaucoup d'autres, et ne craignent pas de leur donner cet avantage contre

l'Eglise.

Le ministre Basnage en triomphe dans son Histoire ecclésiastique (1) ; et trop faible pour excuser les variations de sa prétendue église, il ne trouve plus de ressource que de reprocher à l'Eglise chrétienne d'avoir varié elle-même dès son origine sur la matière de la grâce. J'avais posé ce fondement inébranlable de mon Histoire des Variations, que « l'Eglise portant toujours sa foi formée dans le cœur, » elle n'a jamais varié ni pu varier. C'est sur un si beau fondement que ce ministre me prend à partie en ces termes : « Si, dit-il, M. de Meaux a fait voir que les Pères grecs et latins qui ont vécu avant saint Augustin aient toujours enseigné la même doctrine sur la grâce, je lui promets de reconnaître la vérité des maximes qu'il a posées : mais s'il succombe sous le fardeau , il faut qu'il permette au public de croire que son Histoire des Variations est inutile, puisqu'elle est appuyée sur des raisons qui ne sont pas vraies, » c'est-à-dire sur le principe de la perpétuelle immobilité de la doctrine de l'Eglise.

Puisqu'il fait consister en ce seul point la victoire de la vérité et promet de la reconnaître à ce prix, la charité m'oblige à le satisfaire : je ne quitterai pas pour cela les nouveaux critiques, puisqu'au contraire ils paraîtront d'autant plus coupables, qu'ils se trouveront convaincus d'avoir fourni des armes aux ennemis déclarés de l'Eglise catholique. Je m'engage donc à soutenir dans mes Instructions suivantes contre eux et les protestants unis ensemble, l'invariable perpétuité de la foi de l'Eglise chrétienne; et puisque la matière de la grâce et du libre arbitre est celle qu'on veut regarder comme le sujet de la division, c'est sur ce point que je promets, avec le secours d'en haut, de démontrer plus facilement

 

1 Basn., Hist. ecclés., liv. XXVI, chap. IV.

 

 

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ment et aussi plus brièvement qu'on ne le peut croire, le consentement des anciens Pères avec leurs successeurs de l'Orient et de l'Occident, et des Grecs avec saint Augustin et ses disciples.

Ceux qui pourront croire que cette entreprise ne convient pas à mon âge ni à mes forces présentes, seront peut-être consolés d'apprendre que la chose est déjà toute exécutée, et que le peu de travail qui me reste à y donner ne surpassera pas, s'il plaît à Dieu, la diligence d'un homme qui aussi bien est résolu, avec la grâce de Dieu, de consacrer ses efforts tels quels, à continuer jusqu'au dernier soupir dans la défense des vérités utiles aux besoins présents de l'Eglise.

 

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SECONDE INSTRUCTION. SUR  LES  PASSAGES  PARTICULIERS  DU TRADUCTEUR.

SUR LE PREMIER TOME, QUI CONTIENT S. MATTHIEU, S. MARC ET S. LUC.

Ier ET IIe  PASSAGES. Saint Matthieu et saint Luc ensemble.

 

« De laquelle est né Jésus, qu'on appelle Christ, » Matth., I, 16. La note porte : « Est appelé, c'est-à-dire, qui est Christ ; car être appelé est souvent dans l'Ecriture la même chose que être. »

On trouve la même note sur ces paroles : « Sera appelé le Fils du Très-Haut, Luc, I, 32 , c'est-à-dire il sera ; car être appelé et être dans l'hébreu, sont souvent la même chose ; » ce qui doit s'étendre au vers. 35 du même chapitre : « Sera appelé Fils de Dieu. »

 

REMARQUE.

 

Le défaut de cette note est dans le terme souvent, que l’auteur affecte. Un simple lecteur qui voit l'Evangile répéter une et deux fois que Jésus-Christ c est appelé Fils de Dieu, » est tenté de croire qu'il ne l'est que par une pure dénomination (1), d'autant plus que l'idée que donne l'auteur de Jésus-Christ Fils de Dieu, sans être Dieu ni proprement Fils, puisqu'il n'est pas de même nature que son Père, induit à croire qu'il n'est donc Fils que par une façon de parler en quelque sorte figurée. L'auteur ne remédie pas à ce doute en disant « qu'être appelé, veut souvent dire être en effet. » Car le lecteur qui entend que cette explication n’est pas certaine ni universelle, ne sait pas si c'est ici le cas de s'en servir; et on ne lui en donne aucune marque, ni aucune certitude. Ainsi pour lui lever tout scrupule, il fallait lui prononcer

 

1 Voy. Ire Inst., Remarque sur la Préf., 1er pass.

 

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décisivement qu'en cet endroit, « être appelé, » c'est non-seulement « être en effet, » mais encore « être déclaré, » être reconnu pour Christ; d'autant plus que le terme Christ fait ici partie du nom propre de Jésus-Christ, comme il paraît par ces mots : « Généalogie de Jésus-Christ, » et partout ailleurs ; ce qui est un dénouement manifeste des locutions semblables qui se trouveront dans les évangiles, comme dans saint Luc, I, 32 et 35 : « Il sera appelé Fils du Très-Haut ; il sera appelé Fils de Dieu : » Il fallait donc établir positivement qu'ici « être appelé Fils de Dieu, » c'est incontestablement l'être en effet; et sans trop s'embarrasser dans l'hébreu, on avait au même chapitre de saint Luc et dans les mêmes paroles de l'ange à la sainte Vierge un passage exprès, lorsqu'il est dit de sainte Elisabeth : « Celle qu'on nomme stérile est dans son sixième mois, » Luc, I, 30; ce qui exprimait, non-seulement qu'en effet elle était stérile, mais encore qu'elle était reconnue pour telle. En marquant ce passage décisif, on aurait fait entendre d'abord que le terme être appelé, loin d'être diminutif, était emphatique et confirmatif ; d'autant plus que dans tout le reste de l'évangile, Fils de Dieu, au singulier et par excellence , voulait toujours dire un fils unique, c'est-à-dire un fils proprement et naturellement appelé tel : c'eût été là en comparant les passages, une critique utile et édifiante : il n'eût coûté à la proposer que cinq ou six lignes qui eussent ôté entièrement la difficulté que le terme de souvent laisse indécise.

Un autre aurait encore ajouté que si Jésus-Christ était appelé et reconnu Fils de Dieu, c'était par son propre Père qui prononçait du haut du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, » Matth., III, 17, c'est-à-dire mon Fils unique et seul véritable, comme tout le monde l'entend, et cette déclaration marquée en un mot, eût tenu son rang parmi les remarques littérales que l'auteur avait promises.

 

IIIe   PASSAGE,  ET REMARQUE.

 

C'est ici que devrait venir la note sur le mot de juste appliqué à saint Joseph, Matth., I, 19, pour laquelle je renverrai le lecteur aux remarques sur la préface (1).

 

1 Voy. Ire Instr., pass. 12e de la Préf.

 

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Je ne relèverai plus les passages qui auront été suffisamment examinés; et c'est ici une observation générale pour éviter les redites.

 

IVe  PASSAGE,   ET  REMARQUE.

 

Par cette même raison je renverrais encore aux remarques sur la Préface et aux additions sur la Remontrance (1), ce qui regarde l'adoration des Mages, que notre auteur continue à rendre douteuse, Matth., II, 2 et 11, si je ne trouvais à propos de fortifier la tradition de Jésus-Christ adoré comme Dieu, par deux autorités célèbres.

La première est celle d'Origène, qui a écrit au troisième siècle, durant les persécutions, et qui par son antiquité méritait d'être joint à saint Irénée; voici donc ce que nous lisons dans le livre Contre Celse, qui est sans doute le plus exact et le plus savant de tous ses ouvrages : « Les Mages, dit-il, vinrent en Judée, bien instruits qu'il était né un certain roi, mais au reste ne sachant point dans quel royaume il devait régner, ni le lieu où il devait naître : et comme il était composé pour ainsi dire de Dieu et de l'homme mortel (c'est-à-dire des deux natures, humaine et divine). ils lui offrirent de l'or en signe de sa puissance royale, de la myrrhe comme à celui qui devait mourir, et de l'encens comme étant Dieu. »

On voit donc la signification des trois présents bien connue dès l'origine du christianisme, et continuée sans interruption jusqu'à nos jours. C'était là une vérité que l'Eglise prêchait aux. gentils dès le temps des persécutions, comme reçue de tous les fidèles : voilà ce qu'elle opposait à la calomnie de ceux qui blasphémaient avec Celse contre l'Evangile.

Pour se soutenir partout, Origène assure que les Mages furent éclairés et attirés « par l'âme de Jésus et par la divinité qui était en elle , » et il conclut en disant « qu'à cause que celui qui était venu pour sauver le genre humain était Dieu, et plus puissant que les anges, l'ange récompensa la piété des Mages qui étaient venus adorer Jésus, les avertissant par un oracle de retourner à leur pays par une autre voie, sans revenir à Hérode. » Voilà donc

 

1 Ière Inst., 2e pass., Addit., 1ère Remarque.

 

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partout la divinité de Jésus-Christ ; c'est elle qui attire les Mages des extrémités de l'Orient, c'est elle qu'ils reconnaissent en lui présentant de l'encens, c'est elle qui les récompense en les sauvant des mains d'Hérode.

J'ajouterai à ce témoignage celui de saint Grégoire de Nazianze, que l'Orient appelle son théologien par excellence, et dont voici les paroles dans l'admirable discours sur la nativité de Jésus-Christ : « Marchez avec l'étoile : offrez vos présents avec les Mages, de l'or, de l'encens et de la myrrhe, comme à un roi, comme à un Dieu , comme à un homme qui est mort pour vous (1) : » ces deux grands hommes méritaient sans doute de trouver leur place dans cette chaîne de la tradition que nous avons proposée.

 

Ve  PASSAGE.

 

Dans la note sur ce verset : « Votre règne nous arrive, » Matth., VI, 10, il est porté « que le mot de règne signifie ici la loi de l'Evangile, qui devait soumettre à Dieu toutes les nations par le ministère des apôtres, et c'est ce qui est appelé dans le Nouveau Testament, le royaume des cieux, ou le royaume de Dieu. »

 

REMARQUE.

 

Il n'y a aucun Père qui n'ajoute à cette signification le vrai royaume de Dieu, qui est dans le ciel, et « où nous devons entrer (2) : » et saint Augustin dit que nous prions que « le royaume de Dieu, » c'est-à-dire la vie éternelle, « qui sans doute doit venir à tous les-Saints, arrive à chacun de nous (3). » L'Evangile y est exprès en tant d'endroits, qu'on n'en peut jamais douter ; en saint Matthieu, V, vers. 3, 19 : « Le royaume des cieux n'est autre chose » que la miséricorde éternelle, le bienheureux rassasiement d'une âme affamée de la vue de Dieu, et le reste de même signification parmi les huit béatitudes : « Le royaume de Dieu n'est ni le boire ni le manger, mais la justice, la paix et la joie dans le Saint-Esprit (4); » tout est plein de cette vérité qui donne lieu à cette parole : « Cherchez le royaume de Dieu et sa justice : »

 

1 Orat., XXXVIII, p. 627. — 2 Matth., V, 20.— 3 De Bon. persev., II. — 4  Rom., XIV, 17.

 

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cherchez la fin bienheureuse ; « le reste » qui n'est que moyen , « vous sera donné, » Matth., VI, 33.

L'idée la plus générale de l'Evangile et des Pères est, par le royaume de Dieu, d'exprimer l'Eglise en tant qu'elle s'exerce et se purifie sur la terre, pour être glorifiée et parfaite dans le ciel. Mais je remarque toujours avec un nouveau regret que M. Simon ne s'attache qu'à diminuer la force des expressions de l'Ecriture ; ce qui lui fait ici réduire le royaume des cieux à la prédication et aux moyens externes, comme si c'était là tout.

 

VIe   PASSAGE.

 

Sur saint Matthieu, XI, 23 : « Et vous, Capharnaüm,... si les miracles qui ont été faits chez vous avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore ; » la note porte : « Il ne faut pas prendre toute expression à la rigueur de la lettre ; c'est une façon de parler qui marque seulement la grande méchanceté des Juifs : c'est, comme nous disons en notre langue, pour exagérer la stupidité de quelqu'un qui ne comprend pas ce qu'on lui dit : Si je disais cela à un cheval, il le comprendrait. »

 

REMARQUE.

 

Voyons ce que produira l'analyse de cette riche comparaison des villes impénitentes avec un cheval qui n'entend rien; et si au défaut de la noblesse dans l'expression, nous y trouverons du moins quelque justesse apparente.

Pour la trouver, il faudrait penser que de même qu'un cheval est incapable d'entendre, de même la ville punie par le feu du ciel, incapable de se convertir, démontre au sens de l'auteur l'endurcissement de Capharnaüm , encore plus éloignée de la pénitence que Sodome, qui ne pouvait y être disposée, non plus qu'un cheval à entendre.

Voilà quel devait être le sens de l'auteur, qui serait comme il veut l'entendre, un sens d'exagération, pour montrer que ce qui était impossible, l'était encore moins que la conversion des Juifs. Mais ce sens est faux visiblement : l'auteur ne soutiendra pas que la ville dont Jésus-Christ allègue l'exemple, n'eût point de grâce

 

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pour se convertir. J'en dis autant de Tyr et de Sidon , dont il est marqué au même lieu qu'elles auraient fait pénitence, si les miracles de Jésus-Christ eussent été faits à leur vue, comme à celle de Corozaïn et de Bethsaïde, ibid., 21. Jésus-Christ n'a pas voulu dire que Tyr et Sidon fussent sans grâce ; mais que leur grâce était moindre que celle des Juifs, et que cette plus grande grâce aggraverait leur péché et leur damnation. Mais ce n'est pas là, comme veut l'auteur, une parole d'exagération , mais une doctrine très-véritable en toute rigueur, conformément à cette juste sentence : « On redemandera davantage à celui à qui on aura beaucoup donné, » Luc, XII , 48. Ainsi l'intention de Jésus-Christ n'est pas de dire que Tyr et Sidon n'eussent rien reçu ; mais que les Juifs ayant reçu davantage rendraient un plus grand compte à Dieu, et seraient soumis à un jugement plus rigoureux : ce qui est vrai à la lettre. L'auteur a donc mal parlé , lorsqu'il s'est contenté de dire que cette expression  « marquait simplement la grande méchanceté des Juifs : » pour parler correctement, il fallait dire qu'elle marquait leur a plus grande méchanceté, » leur malice plus obstinée par un abus manifeste des plus grandes grâces : aussi les théologiens ont-ils conclu de ces passages, non pas que Tyr et Sidon n'eussent point de grâce; mais les uns, qu'ils n'avaient point de grâces congrues ; les autres en général, qu'ils n'en avaient point d'efficaces. L'auteur qui rejette les unes et les autres, visiblement n'entend rien, et quels que soient ceux à qui il en veut dans cet endroit, sa comparaison n'est pas seulement basse et ridicule, mais encore évidemment fausse et insoutenable.

 

VIIe PASSAGE.

 

« Le Fils de l'homme est maître même du sabbat, » en saint Matthieu, XII, 8, avec lequel il faut conférer les textes de saint Marc, II, 28, et de saint Luc, VI, 5.

 

REMARQUE.

 

Après ce qui a été observé dans la Première Instruction, sur cette matière et sur les notes du traducteur (1), nous n'aurions rien

 

1 Rem. sur l'ouvr. en gén., n. 2, et Addit., VIe rem., n. 4.

 

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à y ajouter, si nous n'avions promis pour un plus grand éclaircissement d'entrer dans le fond, et de répondre aux raisons par , lesquelles on prétend prouver que le Fils de l'homme en ce lieu n'est pas Jésus-Christ.

Grotius en apporte trois qui ne pouvaient être plus faibles : la première, « que Jésus-Christ s'est déclaré, partout soumis à la loi, même à celle du sabbat, sans y déroger » que par manière d'interprétation tirée de la loi même.

On voit quelle est cette conséquence : Jésus-Christ s'est soumis à la loi par condescendance et pour l'exemple : donc il n'en était pas le maître absolu jusqu'à pouvoir l'abroger, comme il a fait en son temps : c'est oublier ce que dit saint Paul, que Jésus-Christ comme « fils, » et non « serviteur, » ainsi que l'était Moïse, « pouvait disposer de toutes les institutions de la maison de son Père, qui était aussi la sienne, » Hebr., III, 5, 6.

La seconde raison de Grotius, qui est celle que l'auteur appuie dans sa note sur saint Matthieu, est tirée de ces paroles de saint Marc : « Il leur disait : Le sabbat est fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat; c'est pourquoi (itaque) le Fils de l'homme est maître même du sabbat, » Marc, II, 27, 28; conséquence, dit Grotius, qui serait mauvaise et entièrement inintelligible, en entendant Jésus-Christ par le Fils de l'homme, qui par sa qualité de Messie pouvait abroger la loi du sabbat : mais qui sera claire en entendant l'homme en général, puisqu'il n'y a rien de plus naturel, si le sabbat est fait pour l'homme, que de conclure de là que l'homme est supérieur au sabbat, et que la loi du sabbat a dû céder au bien de l'homme : et tel est le raisonnement dont Grotius a prononcé qu'il ne souffre point de réplique.

Il tomberait de lui-même, si l'on voulait seulement penser que le c'est pourquoi de saint Marc nous marque cette conséquence : « Si le sabbat est fait pour l'homme, » j'ai eu raison, disait Jésus-Christ, de m'en rendre maître pour sauver l'homme, et le reste que nous avons si clairement expliqué ailleurs (1), que nous n'avons rien à y ajouter.

La troisième raison de Grotius est que Jésus-Christ, quand il

 

1 Addit., IIe Rem., n. 4.

 

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proféra ces paroles en saint Matthieu, XII, ne s'était pas encore déclaré Messie au peuple et aux pharisiens : sans vouloir songer qu'encore que pour les raisons dont il ne s'agit pas ici, il défendît quelquefois et dans certaines circonstances de le désigner par le nom exprès de Messie, il en avait déjà exercé toute la puissance, en prononçant ces grands mots : « On a dit aux anciens, et moi je vous dis, » etc., Matth., V, vers. 31, 22, etc.; et sans sortir du chap. XII, en se disant « plus grand que Jonas, plus grand que Salomon; » et ce qui est au-dessus de tout, en remettant les péchés avec une autorité si absolue. Dire après cela qu'il ne lui convenait pas de se qualifier maître du sabbat, ce qui était beaucoup moins, c'est hasarder sans raison tout ce qu'on veut.

Il fallait s'étendre exprès sur ces remarques frivoles de Grotius, afin qu'on s'accoutumât à bien connaître ce que c'est que le bon sens de cet auteur, auquel on défère tant. Il passe jusqu'à cet excès de dire que « ce blasphème contre le Fils de l'homme, » dont il est parlé dans ce même chapitre XII, 32, n'est pas un blasphème contre Jésus-Christ ; ce qui est d'une absurdité si manifeste, que j'aurais honte de perdre le temps à la réfuter.

Avouons donc qu'on peut bien, peut-être à cause du passage de saint Marc, reconnaître en l'homme quelque chose de supérieur au sabbat qui est fait pour lui : mais gardons-nous bien de penser qu'il ait jamais pu sortir de la bouche d'un Evangéliste, que l'homme en général put se rendre maître du sabbat, c'est-à-dire de la plus ancienne et de la plus sainte de toutes les lois : ni que cette autorité put appartenir à un autre, qu'à celui que saint Paul appelle le Fils et le maître de la maison, comme nous venons de le remarquer.

Il faut encore corriger selon ces principes cette note du traducteur, sur saint Marc, II, 27 : « Jésus-Christ a pu en qualité de Messie corriger la rigueur du sabbat ; » ce qui est un manifeste affaiblissement de l'autorité de Jésus-Christ comme Dieu : au lieu que pour parler correctement, il aurait fallu reconnaître que même comme Messie il était Dieu et Fils de Dieu, de même autorité que son Père, ainsi qu'il y aura lieu de le remarquer plus amplement en un autre endroit.

 

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Au reste il est si certain que ce titre de Fils de l'homme dans le style du Nouveau Testament est approprié à Jésus-Christ, que saint Etienne le lui donne encore en le voyant dans sa gloire : « Je vois, dit-il, les deux ouverts et le Fils de l'homme à la droite de Dieu (1), » tant il était connu sous ce nom ; ce qui achève de démontrer qu'il lui est si propre et ensemble si cher, que pour ainsi lire il le conserve encore dans le ciel.

 

VIIIe PASSAGE.

 

« Le soleil s'obscurcira, la lune ne luira point, les étoiles tomberont du ciel, et ce qu'il y a de plus ferme dans les cieux sera ébranlé : » Matth., XXIV, 20 ; la note porte : « Ce sont là des expressions métaphoriques, dont les prophètes se servent souvent quand ils veulent marquer des afflictions extraordinaires et de grands changements dans un état. Il est néanmoins croyable qu'une partie de ces choses arrivera au dernier avènement du Fils de Dieu. »

 

REMARQUE.

 

Ce que les cieux ont de plus ferme sera ébranlé, que l'on ose mettre dans le texte, est une phrase inventée au gré de l'auteur et substituée aux paroles de Jésus-Christ, que rien ne peut remplacer. Ces paroles d'ailleurs n'ont aucun sens et feraient craindre la chute des saints anges, si on les prenait à la lettre. Ainsi elles ne rendent qu'un son confus et ne conviendraient même pas à une note, loin qu'on en puisse composer le texte sacré. Il vaut mieux se souvenir du discours de Job, qui affaisse pour ainsi dire sous le poids de la majesté divine « ceux qui portent le monde, » Job, IX, 13, c'est-à-dire les célestes intelligences, dont Dieu se sert pour le gouverner et y faire exécuter ses volontés. On dit ces intelligences ébranlées, quand la puissance supérieure interrompt le cours ordinaire et la régularité de leurs mouvements. En tout cas, si l'on n'entend pas un si grand mystère, il ne faut pas pour cela se donner la liberté de fabriquer un nouveau texte.

Dans la note du même verset, on laisse en doute ces grands changements qui arriveront à toute la nature au dernier avènement

 

1 Act., VIII, 55.

 

524

 

du Fils de Dieu ; et contre la tradition universelle qui les reconnaît pour très-réels, on les réduit trop facilement en métaphores.

On passe aussi trop légèrement sur le jugement dernier, comme s'il n'en était fait nulle mention précise dans ce chapitre, et que la prédiction ne regardât que les malheurs de Jérusalem : au lieu que le dessein du Fils de Dieu a été d'unir ces deux choses comme la figure et la vérité, ainsi que le reconnaissent tous les interprètes. On tombe dans ces excès, quand on veut trancher ce qu'on n'entend pas et savoir plus qu'il ne faut.

 

IXe  PASSAGE.

 

« C'est là mon corps, c'est là mon sang, » Matth., XXVI, 26, 28.

 

REMARQUE.

 

L'auteur ne peut oublier ses anciennes dissertations (1) contre cette traduction : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; » mais alors il traduisait : « C'est mon corps : » il veut dire maintenant : « C'est là mon corps ; » ce que personne ne peut goûter, à cause qu'on brouillerait cette version avec celle-ci : «Mon corps est là; » ce qui ne dénoterait qu'une présence locale, au lieu d'un changement de substance.

Il est vrai qu'il faut s'approcher le plus qu'on peut de ce passage : Hic est Filius meus dilectus : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, » comme l'auteur l'a très-bien tourné, Matth., III, 17; ce qui veut dire : « La personne que vous voyez, c'est mon fils. » Mais notre langue ne souffre pas qu'on traduise : Hoc est corpus, hic est sanguis : « Celui-ci est mon corps, celui-ci est mon sang; » à cause que le celui-ci ne s'applique en français qu'à des personnes, et par conséquent ne peut pas s'appliquer au corps et au sang qui n'en sont pas, il a fallu prendre ce qui en approche le plus, c'est-à-dire ceci est mon corps, ceci est mon sang, qui est l'interprétation où tout le monde est tombé naturellement.

C'est pourquoi on a obligé le P. Bouhours et les autres qui avaient traduit ou qui voulaient traduire : « C'est là mon corps, »

 

1 Hist. crit. des versions du Nouv. Test., chap. XXXIII, p. 377.

 

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ou : « C'est ici mon corps, » à mettre : « Ceci est mon corps ; » à cause que dans le latin : Hoc est corpus, Hic est sanguis, le hoc et le hic ne pouvant dénoter une personne, puisque cela ne conviendrait pas au corps et au sang, et dénotant néanmoins quelque chose de substantiel, il a fallu les traduire en français par le mot ceci, qui en conservant l'idée de substance et en excluant celle de personne, rapproche le plus les notions. Voilà sans chicane ni raffinement, ce qui doit déterminer les auteurs français à traduire : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang : » comme étant cette locution consacrée par l'usage universel, et même d'autant meilleure que selon l'usage et la propriété de notre langue, elle se trouve plus convenable à la transsubstantiation, qui est le sens véritable et naturel à ce passage, comme si le texte disait : « La substance que je vous donne, c'est mon corps, » c'est-à-dire ce n'est plus du pain comme auparavant; c'est du pain qui est devenu mon vrai et propre corps, comme l'eau des noces de Cana est devenue de vrai vin naturel, qui est aussi l'interprétation où l'on sait que les saints docteurs se sont portés naturellement, et qui a formé la foi comme le langage de l'Eglise catholique; en sorte qu'il ne convient pas que les autres traductions soient autorisées.

 

Xe  PASSAGE.

 

« C'est là mon sang, le sang du Nouveau Testament, qui sera répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés ; » Matth., XXVI, 28.

 

REMARQUE.

 

Le redoublement de ces mots : Le sang, le sang, est nécessaire et conforme à l'original, à cause de la répétition de l'article to, to. Mais par la même raison il fallait encore répéter une troisième fois le sang, à cause que l'article est triple, to, to, to; il fallait même à la rigueur traduire littéralement : « Ceci est ce mien sang, ce sang de la nouvelle alliance, ce sang répandu pour vous ; » ce qui inculque la vérité avec une telle force, qu'il n'y a pas moyen d'y résister. On doit dire la même chose du corps et traduire à la rigueur en cette sorte : « Ceci est ce corps qui est le mien propre : » Hoc est corpus illud meum : « ce même corps livré

 

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pour vous (1). » Mais comme la langue ne souffrait pas ces expressions , le traducteur ne devait pas manquer d'en faire une note , s'il avait voulu pousser à bout sa propre remarque et en tirer tout l'avantage.

Au reste on n'a pas besoin d'observer que les deux dernières remarques regardent trois Évangélistes, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc; et regardent encore saint Paul dans la Ière aux Corinthiens.

 

S.   MARC   :  XIe  PASSAGE.

 

« Ils guérissaient beaucoup de malades en les oignant d'huile, » Marc, VI, 13; voici la note : « Cette onction des malades qui était fort en usage chez les Juifs, a passé dans l'Eglise : elle est l'origine de celle que nous appelons extrême-onction. Les Juifs joignaient aussi la prière à l'onction. »

REMARQUE.

 

Voilà l'origine que nos critiques savent donner aux sacrements de la nouvelle alliance. Un vrai théologien aurait dit que ces coutumes des Juifs étaient des figures qui ont été accomplies dans les sacrements : mais non : les critiques veulent qu'elles en soient l’ origine, et ils espèrent qu'on leur passera leur théologie : mais peut-être qu'ils diront mieux sur ce passage de saint Jacques, qui explique et qui détermine celui de saint Luc : c'est ce que nous allons examiner, et traiter ensemble deux passages, dont la liaison est si manifeste.

 

XIIe PASSAGE.

 

La note sur saint Jacques, V, 14, s'explique ainsi : « L'onction des malades à laquelle on joignait la prière, était aussi en usage parmi les Juifs : » voyez saint Marc, chap., VI, vers. 13.

 

REMARQUE.

 

Il eût pu dire du moins que cet apôtre y ajoutait la promesse expresse de la rémission des péchés, Jac, v, 15 ; mais sans s'arrêter à ces mots, il ne s'attache qu'à ceux du même verset : « Le relèvera, c'est-à-dire le fera relever de sa maladie. » Le critique

 

1 Marc., XIV, 22 ; Luc, XXII, 19; et I Cor., XI, 24.

 

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n'en sait pas davantage ; et la promesse de la rémission des péchés qui seule pouvait établir un sacrement véritable, ne trouve point de place dans ses explications. Nous verrons qu'il ne traite pas mieux la confirmation.

 

XIIIe  PASSAGE.

 

Nous trouverons encore, Marc, XIII, 25, comme on a vu sur saint Matthieu : « Ce qu'il y a de plus ferme dans les cieux ; » au lieu « des vertus des cieux, » qui sont reléguées à la note : mais l'auteur s'y explique un peu davantage en disant : « Ce mot de vertus signifie souvent dans l'Ecriture les étoiles. Il semble qu'il se doit prendre ici en général pour la force des cieux, c'est-à-dire les cieux, tout fermes qu'ils sont, seront ébranlés. »

 

REMARQUE.

 

Je ne vois pas que le terme de vertus des cieux soit pris pour les étoiles, et on n'en allègue aucun exemple. Jésus-Christ s'explique assez sur les étoiles, aussi bien que sur le soleil et sur la lune, lorsqu'il dit : « Le soleil s'obscurcira, les étoiles du ciel tomberont ; » il veut donc dire autre chose , lorsqu'il conclut par ces mots : « Les vertus du ciel seront ébranlées ; » et il semble qu'il veuille aller à la source des maux qui arriveront. Celte expression est conforme au style de l'Ecriture, qui distingue aussi les vertus des cieux, d'avec le soleil et les étoiles, et les range avec les anges : « Louez le Seigneur, tous ses anges : louez-le, toutes ses vertus ; » et après : « Louez-le, soleil et lune ; louez-le, toutes les étoiles et la lumière , » Psalm. CXLVIII; et dans le Cantique des trois enfants : « Bénissez-le, tous les anges : bénissez-le, toutes ses vertus : bénissez-le , soleil et lune : bénissez-le, toutes lés étoiles du ciel, » Dan., III. Je sais que les étoiles sont souvent appelées l'armée du ciel, et qu'armée s'explique souvent par vertus. Mais les anges sont aussi nommés l'armée de Dieu: et parmi ces bienheureux esprits, il y en a qui sont spécialement appelés vertus : il fallait donc s'en tenir à la notion générale de vertus des cieux, sans insérer dans le texte son commentaire particulier, et encore un commentaire si peu l'onde.

 

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Au reste comme on ne sait pas jusqu'à quel point, ni comment Dieu voudra accomplir les choses dans le jugement, la révérence du texte sacré doit empêcher en ces endroits plus que jamais, de déterminer le sens suspendu, pour tenir les esprits dans le respect et dans la crainte des merveilles qu'on verra en ce jour, sans en rien diminuer ; autrement, non-seulement on met ses pensées à la place de celles de Jésus-Christ, mais encore on entame le secret de Dieu, plus qu'il n'est permis à des hommes.

 

XIVe  PASSAGE.

 

« Personne n'a connaissance de ce jour.., ni le Fils, mais le Père seul, » ibid., 32; la note sur ce verset : « Il veut faire connaître à ses apôtres par ces paroles, que c'est inutilement qu'ils lui font des questions, parce que cela ne regarde point le Messie, mais le Père seul. »

 

REMARQUE.

 

Qu'est-ce qui ne regarde pas le Messie? Le jugement? Mais n'est-ce pas au Messie même en tant qu'homme, que le jugement est déféré, quia Filius hominis est? Joan., V, 27. Ainsi la note est erronée et insoutenable.

 

S.   LUC :   XVe  PASSAGE.

 

« Aucun homme n'a approché de moi, » Luc., I, 34.

 

REMARQUE.

 

La sainte Vierge a dit plus absolument : « Je ne connais point d'homme ; » ce qui non-seulement exclut le passé, mais marque encore pour l'avenir une ferme résolution de demeurer vierge : le traducteur avait éludé ce sens. Quand il faudrait avoir égard au premier carton qu'il a fait, la saine doctrine n'y est pas même à couvert, puisqu'en traduisant comme les autres interprètes : « Je ne connais point d'homme, » la note se restreint à ce sens : « C'est-à-dire, je suis vierge; » sans exprimer qu'elle voulait l'être toujours. Tous les Pères et les interprètes catholiques établissent par ce passage contre Calvin et les autres un propos, une

 

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volonté déterminée, un vœu même selon quelques Pères, de garder sa virginité; ce qui s'évanouit entièrement dans la nouvelle version. A la fin et longtemps après, tant on a de peine à ramener M. Simon au sens orthodoxe, il a fait un dernier carton où il exprime ce sens ; mais le mauvais dessein s'est déclaré d'abord, et fait encore son impression dans tous les exemplaires répandus sans ces corrections venues trop tard : outre ce qu'on a déjà dit ailleurs de l'inutilité de ses cartons, où l'on n'est pas même averti des premières fautes que l'on y corrige, ni combien elles sont considérables, et où le bien et le mal se débitent indifféremment.

 

XVIe  PASSAGE.

 

« Maldonat montre doctement que les antitrinitaires ne peuvent se servir de ce passage, pour établir leur hérésie contre la divinité de Jésus-Christ. » C'est la note sur ce texte de saint Luc., I, 35 : « Sera appelé, » c'est-à-dire, « sera Fils de Dieu. »

 

REMARQUE.

 

Puisque l'auteur en revient encore à Maldonat, sans répéter ce qu'on en a dit dans la première remarque sur la préface (1), nous y ajoutons ce mot seulement. Il est vrai que ce savant commentateur a prouvé que ce passage, quoiqu'entendu comme il a fait, ne donnait pas gain de cause aux nestoriens : mais c'est à cause qu'il y en a d'autres pour les combattre , et même que celui-ci joint avec celui de sainte Elisabeth, qui appelle la sainte Vierge la Mère de son Seigneur, montre qu'elle est Mère de Dieu : ce que notre auteur a omis, aussi bien que les autres excellentes choses que Maldonat avait observées sur les paroles de l'Ange, comme je l'ai remarqué ailleurs (2).

Je ne puis assez répéter que pour avoir cité un auteur moderne , on ne doit pas pour cela se croire quitte de l'autorité de tous les autres, ni de la règle du concile. Maldonat dans le même endroit qu'on nous oppose, pour appuyer son idée de Jésus-Christ appelé Fils de Dieu sans être Dieu, a soutenu qu'Adam doit être appelé Fils de Dieu, en singulier, dans ces paroles : Qui fuit Dei,

 

1 Ire Inst., Rem. sur la Préf., II. 1 et suiv. — 2 Ibid., 23, 25.

 

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Luc., III, 38, aussi bien que Seth est appelé fils d'Adam, et ainsi des autres : ce qui est si peu véritable, que noire traducteur ne l'a osé dire, puisqu'il a traduit : Qui fuit Dei; non pas : « Qui fut fils de Dieu, » comme Seth est dit fils d'Adam; mais « qui fut créé de Dieu. » Choisissons donc dans les auteurs même catholiques ce qu'il y a de conforme à la règle de la foi ; et gardons ce précepte de l'Apôtre : « Eprouvez, examinez tout : et ne retenez que ce qui est bon, » I Thess., V, 21.

 

XVIIe  PASSAGE.

 

La note sur ce texte : « Sans en rien espérer, » Luc., vi, 35, à ces mots : « Le mot grec signifie, selon le sens grammatical, desperantes... et la version syriaque confirme cette interprétation : mais la suite du discours appuie le sens de la Vulgate, qui est aussi celui des plus anciens interprètes et même de l'arabe... Le sens est qu'il ne faut pas faire comme les païens, qui prêtent dans la vue de recevoir la pareille : mais qu'il faut prêter, même à ses ennemis, sans en rien espérer. »

 

REMARQUE.

 

La tradition constante des conciles, à commencer par les plus anciens, celles des Papes, des Pères, des interprètes et de l'Eglise romaine, est d'interpréter ce verset comme prohibitif du profit qu'on tire du prêt, indè, c'est-à-dire de l'usure. L'auteur a préféré à cette tradition la doctrine de Grotius dont il a composé sa note, et qui est faite expressément pour éluder cette prohibition, et pour ôter à l'Eglise le seul passage du Nouveau Testament où le crime de l'usure est prohibé. Ce critique, non plus que le nôtre, n'allègue aucun Père, ni aucun auteur catholique : tout lui est contraire; il se fonde sur son seul raisonnement, mauvais garant de l'interprétation des Ecritures. Il faut donc rejeter la note sur ce verset, et par le même moyen supprimer le desperantes, qui aussi bien, de l'aveu de l'auteur, répugne à la suite du discours, et ne sert qu'à donner des vues pour obscurcir le véritable sens de ce passage. Il n'y a déjà que trop de relâchement sur cette partie de la morale chrétienne; et l'usure n'est que trop commune,

 

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sans encore l'autoriser par des notes sur le Nouveau Testament, qu'on met entre les mains de tout le monde.

 

XVIIIe  PASSAGE.

 

« Plusieurs péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé, » Luc., vu, Al ; la note dit : « Toute la suite du discours fait voir que cette particule parce que, n'est pas proprement causale : le sens est que le grand amour qu'elle avait pour Jésus-Christ était une marque du grand nombre des péchés qui lui avaient été remis; et c'est ce que montrent les paroles qui suivent avec la particule adversative : mais celui à qui on remet moins, aime moins. »

 

REMARQUE.

 

Les calvinistes ne veulent pas croire que l'amour de Dieu soit une disposition à la rémission des péchés, et ne donnent cet avantage qu'à la foi. Mais les catholiques entendent « par la foi, avec saint Paul, la foi qui agit par amour, » Gal., V, 6; et le concile de Trente regarde le commencement de l'amour comme une disposition à la justification, Sess. VI, chap. VI; et « la contrition parfaite en charité, » comme l'opérant entièrement avec le vœu du sacrement, Sess. XIV, chap. IV; et ainsi selon la doctrine catholique , la particule parce que est vraiment causale : la pécheresse qui attendait de Jésus-Christ une plus grande grâce, s'excitait par avance à un plus grand amour : et Jésus-Christ lui déclare que cette disposition lui avait attiré la rémission qu'elle attendait.

Si l'auteur était théologien plutôt que grammairien et simple critique, il aurait mieux entendu la suite du discours de Jésus-Christ , et le concile de Trente lui en eût donné la lumière; mais il ne suivait ici que celles de Grotius, qui l'ont trompé tant de fois.

 

XIXe  ET XXe   PASSAGES,   ET REMARQUE.

 

Dans la note sur le verset 36 du chap. XVII, de saint Luc., « ces mots : de deux hommes, et le reste jusqu'à la fin du verset, ne sont point dans un grand nombre d'exemplaires grecs... Il y a apparence que ce passage a été pris du chapitre XXIV de saint

 

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Matthieu, verset 40. » Il n'est pas permis d'imaginer des additions au texte des Evangiles sur des apparences, ni sur ce que certaines paroles manquent à plusieurs manuscrits.

On voit que l'auteur se veut mettre en possession de retrancher ce qu'il lui plait des Evangiles par de simples conjectures. C'est aussi ce qui lui fait dire dans la note sur saint Matthieu, XXVII, 8 : « Ces mots : Haceldama et c'est-à-dire, ne sont point dans le grec, et il y a apparence qu'ils ont été pris du chapitre I des Actes, verset 19. » Mais pour donner plus de licence à sa critique, il ajoute cette maxime générale : « Car les anciens, surtout parmi les Latins , inséraient ces sortes d'additions dans leurs exemplaires. » Que ferons-nous à ces critiques hardis, qui soumettent les Evangiles à leur férule ? On n'a pas même besoin de rechercher des autorités : on ne lira dans les Ecritures que ce qu'ils voudront, et tout sera permis à leurs conjectures.

 

XXIe  PASSAGE.

 

Afin que vous puissiez éviter : « le grec porte comme la Vulgate : Afin que vous soyez jugés dignes d'éviter tous ces malheurs qui doivent arriver, et de paraître devant le Fils de l'homme, » Luc., XXI, 36.

 

REMARQUE.

 

Il fallait mettre dans le texte, comme dans la note : « Afin que vous soyez jugés dignes; » autrement : « Que vous méritiez; » et non pas décider que « ce mot signifie simplement en ce lieu-ci : Vous puissiez : » ce qui est si faux, que l'auteur sur le chapitre XX, vers. 35, du même Evangile, avait traduit ce mot tant du grec que de la Vulgate, par ces paroles : « Ceux qui seront dignes de l'autre monde et de la résurrection. » L'auteur fait ce qu'il veut de sa critique et la tourne à sa fantaisie, sans en rendre aucune raison. Cependant il ôte à l'Eglise un passage formel de l'Evangile pour établir le mérite.

 

XXIIe PASSAGE.

 

Pilate livra Jésus à leur passion. Luc., XXIII, 25.

 

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REMARQUE.

 

Le grec porte comme la Vulgate qu'il livra Jésus « à leur volonté , » Thelemati, voluntati ; et c'est une manifeste altération du texte sacré. Le Saint-Esprit savait bien que les Juifs agissaient par passion : mais il a choisi un autre mot, et a voulu mettre simplement que Jésus-Christ fut livré « à leur volonté, » pour conserver à l'Evangile ce caractère admirable de modération et de simplicité, qui fait que, sans accuser ou charger les Juifs, on y raconte simplement le fait. C'a été dans le même esprit que le verset précédent portait simplement, sans rien ajouter : « Pilate prononça selon leur demande. »

 

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